Mairie de Libreville : Attendu sur le dossier prioritaire de l’insalubrité, Eugène Mba se donne en spectacle sur la question des nuisances sonores

Eugène Mba, entouré de nombreux officiers de police lors de sa descente dans les débits de boissons, filmant et exposant les visages des personnes présentes en ces lieux.

Libreville, le 2 juin 2026-(Dépêches 241). Alors que l’opinion publique envisageait le retour d’Eugène Mba à la mairie de Libreville comme la réparation d’une injustice qu’il aurait subie du temps de la « Young Team », il semble aujourd’hui donner raison à ses anciens bourreaux. En effet, l’ancien-nouveau maire de Libreville semble s’employer à éluder la problématique centrale de l’insalubrité omniprésente dans sa ville, pour se consacrer pleinement à la lutte contre les nuisances sonores, dont les méthodes, les moyens de mise en œuvre et la dynamique interrogent et inquiètent profondément l’opinion. Ces inquiétudes sont d’autant plus légitimes que certains observateurs en viennent désormais à se demander si à son précédent éphémère passage à la tête de la mairie de Libreville ne risque pas de s’ajouter un nouveau fiasco de gestion municipale.

Depuis quelque temps, la mairie de Libreville, sous la conduite d’Eugène Mba, semble engagée avec une détermination inédite dans une croisade contre les nuisances sonores. Une campagne qui, malgré son caractère légal, semble en même temps s’affranchir du respect strict du droit à l’image dû à chaque citoyen. Des citoyens, parmi lesquels des pères et des mères de famille, qui n’ont pourtant rien demandé et dont les nuisances sonores ne sont nullement de leur ressort, se retrouvent abusivement exposés sur les réseaux sociaux à l’initiative d’un maire qui pourrait avoir perdu le sens des priorités.

Alors que la ville de Libreville croule sous les tas d’immondices depuis plusieurs décennies, le maire Eugène Mba, qui en avait pourtant fait une priorité absolue avant d’être contraint à la démission par le régime Bongo-Valentin, semble aujourd’hui détourner le regard pour se concentrer sur des problèmes secondaires. C’est à croire que l’insalubrité est désormais devenue, à ses yeux, un élément ordinaire du paysage administratif de la capitale gabonaise. Sous Eugène Mba, Libreville se lit dorénavant à travers ses montagnes d’ordures. Aucun quartier ne semble épargné. Nzeng-Ayong, Nkembo, Cocotiers, Derrière-la-Prison, Charbonnages, et même les quartiers les plus huppés de la capitale, n’échappent pas à ce tableau peu reluisant.

Pendant ce temps, le maire donne le sentiment d’être davantage préoccupé par les nuisances sonores que par l’image poubelle de la capitale et les odeurs nauséabondes qui l’envahissent. Le public librevillois assiste, médusé, à un spectacle de mauvais goût, mettant en scène une autorité municipale accompagnée des forces de l’ordre dans les débits de boissons avec, manifestement, la volonté d’humilier, plutôt que sanctionner. En lieu et place de sévir les tenanciers, c’est l’ensemble des personnes qui fréquentent ces lieux qui voit leur droit à l’image piétiné par un édile qui semble avoir fait de la communication spectaculaire son nouveau mode de gouvernance.

Une situation aussi désolante qu’affligeante qui apparaît davantage comme une stratégie destinée à rendre visible l’action du maire plutôt qu’à résoudre les problèmes structurels de la capitale. Eugène Mba, malgré sa parfaite connaissance des difficultés qui affectent la première municipalité du Gabon, notamment l’insalubrité chronique qui accable la ville, semble adopter la posture d’un maire découvrant soudainement les dysfonctionnements de la commune. Et au lieu de s’y attaquer frontalement, il se contente d’en constater l’existence pour se concentrer sur des problématiques de second ordre.

Le plus grave est que, pendant que le maire se transforme en reporter en filmant de paisibles citoyens qui cherchent simplement à se distraire et à échapper, le temps d’un moment, aux difficultés du quotidien, Libreville demeure toujours aussi insalubre, voire plus sale qu’auparavant. Le plus dérangeant, au-delà de ce spectacle, réside dans l’aveu implicite d’impuissance que traduit cette agitation médiatique face à la préoccupation majeure des habitants : la prolifération des déchets de toutes sortes qui semblent avoir définitivement envahi la commune de Libreville.

À force de privilégier les opérations médiatiques au détriment des urgences structurelles, la municipalité de Libreville risque de creuser davantage le fossé entre les attentes des populations et l’action de leurs dirigeants. Si la lutte contre les nuisances sonores relève légitimement des missions de la mairie, elle ne saurait occulter la question fondamentale de l’insalubrité, qui demeure l’une des principales préoccupations des habitants. Pour beaucoup de Librevillois, la véritable mesure de l’efficacité d’Eugène Mba ne se fera ni dans les bars, ni sur les réseaux sociaux, mais dans sa capacité à rendre à la capitale gabonaise la propreté, la salubrité et le cadre de vie qu’elle mérite. Et pour l’heure cela ne semble manifestement pas le préoccuper.

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