Gabon : 53,6 milliards confiés à une seule entreprise, l’envers du discours sur la redevabilité

En Ve République, la réalité des faits semble trancher avec les pratiques dans les administrations © Dépêches 241

Libreville, le 18 Juin 2026 – (Dépêches 241). Devant le Parlement réuni en Congrès au Palais Léon Mba, le Président de la République a fait de la redevabilité et de la transparence l’un des axes structurants de son adresse sur l’État de la Nation. L’exercice, prévu par l’article 59 alinéa 4 de la loi référendaire du 19 décembre 2024, se voulait un moment de dialogue renforcé avec la représentation nationale sur le bilan des réformes engagées depuis août 2023.

Dans le même temps, la Cité Émeraude, l’un des chantiers cités par le Chef de l’État au titre des fondations du « Gabon nouveau », repose sur deux marchés publics attribués sans mise en concurrence à une seule entreprise, Building Construction Company (BCC). Le premier, approuvé le 7 avril 2025, porte sur la construction de quatre immeubles administratifs pour 35 741 962 810 FCFA. Le second, approuvé le 8 mai 2025, concerne deux immeubles supplémentaires pour 17 850 000 000 FCFA.

Les deux marchés, recensés par le ministère des Travaux Publics comme autorité contractante, totalisent 53 591 962 810 FCFA pour six bâtiments, financés sur les exercices budgétaires 2024-2025 et 2024-2025-2026. Les deux fiches indiquent le même mode de passation : l’entente directe, procédure dérogatoire qui dispense l’administration d’appel à la concurrence.

L’entente directe n’est pas en soi irrégulière, le code des marchés publics en prévoit l’usage dans des cas précis et encadrés. Mais son recours pour deux marchés consécutifs, attribués au même opérateur à un mois d’intervalle, sur un montant cumulé proche de 54 milliards de FCFA, pose la question de la cohérence entre le discours présidentiel sur la culture de la redevabilité et la pratique effective de la commande publique sur l’un des chantiers que le Chef de l’État a lui-même mis en avant.

Reste à savoir si cette articulation entre promesse de transparence et réalité des attributions fera l’objet d’un examen par les commissions parlementaires compétentes, dans la continuité du contrôle de l’exécution budgétaire que les autorités actuelles disent vouloir renforcer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*