Gabon : Oligui Nguéma fustige un achat pour une voiture de liaison à 11 millions mais la DGB dépense 143,5 millions pour deux véhicules de luxe

11 millions sous le feu des critiques, 143,5 millions pour des voitures de luxe pour la Direction Générale du Budget © Dépêches 241

Libreville, le 19 Juin 2026 – (Dépêches 241). Dans son discours sur l’état de la Nation prononcé le 15 juin 2026 devant le Parlement réuni en Congrès, le Président de la République a dressé un bilan sévère de l’engagement des jeunes Gabonais envers les dispositifs publics de financement de l’entrepreneuriat. Il a notamment pointé la faible mobilisation de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), rappelant qu’à peine 8,9 % des 25 milliards de FCFA injectés dans ces mécanismes ont été effectivement sollicités par de jeunes porteurs de projets.

Pour illustrer les dérives qui freinent, selon lui, l’efficacité de ces dispositifs, le Chef de l’État a cité le cas d’un jeune entrepreneur ayant obtenu un crédit de 60 millions de FCFA pour un projet agricole. Plutôt que d’investir cette somme dans son exploitation, ce dernier aurait préféré s’offrir un véhicule imposant, un exemple présenté devant la représentation nationale comme la marque d’une irresponsabilité individuelle dans l’usage des fonds publics mis à disposition de la jeunesse.

Pourtant, une fiche de marché public publiée par la Direction Générale éponyme, avec comme autorité contractante la DGB, relevant du ministère des Comptes Publics et de la Dette, fait état de l’acquisition de deux véhicules, un SUV et un pick-up, pour un montant de 143 500 000 FCFA. Le marché, financé sur le budget 2025, a été approuvé le 14 mai 2025 et attribué à une entreprise dénommée Luxury Car, selon un mode de passation par entente directe, sans qu’aucune autre société n’apparaisse comme ayant été mise en concurrence.

La comparaison des deux montants interroge la cohérence des standards appliqués. Le crédit de 60 millions de FCFA détourné par un jeune entrepreneur a été érigé en exemple public d’usage irresponsable des fonds destinés à l’entrepreneuriat. L’acquisition de deux véhicules pour 143,5 millions de FCFA par une administration centrale, elle, représente plus du double de cette somme, sans qu’un débat comparable n’ait été ouvert sur l’opportunité ou la nécessité d’un tel niveau de dépense pour un parc automobile administratif.

Aucun élément public consulté à ce jour ne permet d’établir la justification précise retenue par la Direction Générale du Budget pour recourir à l’entente directe plutôt qu’à une procédure de mise en concurrence sur ce marché de fournitures. La question reste ouverte de savoir si le même niveau d’exigence évoqué par le Chef de l’État à l’endroit des jeunes bénéficiaires de financements publics s’applique également à l’examen des dépenses d’équipement engagées par les administrations elles-mêmes.

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