
Libreville, le 22 Juin 2026 – (Dépêches 241). Une fiche de marché public récente révèle l’attribution d’un contrat d’achat de véhicules de fonction pour la Présidence de la République, pour un montant de 700 000 000 FCFA. L’autorité contractante est le Secrétariat Général Adjoint de la Présidence, le marché est financé sur le budget 2024 et a été approuvé le 9 janvier 2025. L’attributaire, l’entreprise Auto Design Baraka, a été retenu selon un mode de passation par entente directe, sans qu’aucune mise en concurrence n’apparaisse dans le dossier.
Ce marché place l’institution la plus élevée de l’État parmi les administrations ayant recours à l’entente directe pour l’acquisition de véhicules, un montant approuvé en tout début d’année 2025 mais imputé sur l’exercice budgétaire 2024, ce qui suppose un règlement à cheval sur deux exercices comptables. Aucun document public consulté à ce stade ne précise le nombre exact de véhicules couverts par cette enveloppe, ni leurs modèles ou caractéristiques, ce qui ne permet pas d’apprécier le montant unitaire de l’opération.
Ce dossier s’inscrit dans une série d’acquisitions de véhicules par entente directe identifiées sur la période récente. Le ministère des Comptes Publics et de la Dette, via la Direction Générale du Budget, avait lui-même fait approuver en mai 2025 l’achat d’un SUV et d’un pick-up pour 143 500 000 FCFA, attribué à l’entreprise Luxury Car selon le même mode de passation. Deux institutions distinctes, deux attributaires différents, mais un même recours systématique à la procédure dérogatoire pour ce type de fournitures.
L’ampleur de l’enveloppe, 700 millions de FCFA pour les seuls véhicules de fonction d’une présidence, appelle une mise en regard avec les standards de rigueur budgétaire que les autorités actuelles disent vouloir imposer à l’ensemble de l’appareil public, jusque dans le contrôle de l’usage des financements destinés aux jeunes entrepreneurs. L’absence de mise en concurrence sur un marché de cette taille, au sommet de l’État, interroge la cohérence entre le discours sur la bonne gestion des deniers publics et la pratique effective des administrations qui en sont les premières garantes.
Reste à savoir si Auto Design Baraka dispose d’un historique de fourniture de véhicules à l’État gabonais antérieur à ce marché, et si la justification du recours à l’entente directe pour ce contrat a été versée à un dossier accessible au contrôle parlementaire. Ces deux points méritent d’être vérifiés avant toute conclusion sur la régularité de la procédure suivie.







