Gabon: Okoumba en prison pour diffamation, Stephan Nzeng et Amiang Washington en liberté pour de faits plus graves ? 

Le récent placement sous mandat de dépôt de l’activiste Okoumba Wilfried interpelle sur la notion de l’égalité des citoyens devant la justice quand d’autres compatriotes pour des faits similaires sont toujours en liberté © Dépêches 241

Libreville, le 6 août 2026 – (Dépêches 241). Le placement sous mandat de dépôt de l’activiste Wilfried Okoumba Kamitatou pour des faits de diffamation, outrage et dénonciations calomnieuses relance le débat sur l’égalité des citoyens devant la justice. Stéphane Nzeng, aujourd’hui Directeur Général du Centre Gabonais de l’Innovation, et Landry Amiang Washington sont visés depuis août 2024 par une plainte d’Hervé Patrick Opiangah et de sa fille pour des accusations autrement plus graves : assassinats, pédophilie, inceste, viol. Alors que l’appareil judiciaire entend rappeler que nul ne peut impunément porter atteinte à l’honneur d’autrui, une question demeure : pourquoi des accusations d’une gravité extrême formulées contre Hervé Patrick Opiangah n’ont-elles jamais connu les mêmes suites judiciaires ? Entre procédures abandonnées, mandats annulés et libérations controversées, le sentiment d’une justice à deux vitesses ne cesse de s’installer.

La justice gabonaise vient d’envoyer un signal fort en plaçant Wilfried Okoumba Kamitatou sous mandat de dépôt pour des faits présumés de «  diffamation, outrage et dénonciations calomnieuses ». Une décision qui rappelle un principe fondamental : la liberté d’expression ne saurait constituer un permis de salir, d’accuser sans preuve ou de détruire l’honneur d’un citoyen. Mais cette exigence de responsabilité ne peut être crédible que si elle s’applique à tous, sans distinction de statut, de proximité avec le pouvoir ou de positionnement politique.

Deux poids, deux mesures : une justice qui choisit ses coupables

Car, le contraste est si brutal qu’il en devient un symbole. D’un côté, Wilfried Okoumba Kamitatou, dont le placement sous mandat de dépôt pour diffamation, outrage et dénonciations calomnieuses vient rappeler que la Ve République sait, quand elle le veut, faire preuve d’une sévérité expéditive. De l’autre, Stéphane Nzeng et Landry Amiang Washington, dont les plaintes pour des faits sans commune mesure avec ceux reprochés à Okoumba Kamitatou dorment, depuis près de deux ans, dans les tiroirs, déjà poussiéreux, d’une justice qui semble avoir choisi son camp.

Il ne s’agit pas ici de comparer des broutilles. Il s’agit de mettre face à face un homme poursuivi pour avoir tenu des propos, et deux hommes qui, eux, sont accusés d’avoir forgé de toutes pièces des accusations d’une gravité telle qu’elles ont mis en péril la vie, la liberté et l’honneur d’un compatriote. Si la diffamation mérite sanction, l’indignation devrait, par cohérence, être au moins aussi vive lorsque les faits reprochés touchent à l’assassinat ou à la pédophilie.

Assassinat, pédophilie, inceste : le vertige des accusations

En août 2024, Hervé Patrick Opiangah, figure majeure du paysage politique et économique gabonais, avait déposé plainte pour diffamation, injures publiques et atteinte à l’honneur contre Stéphane Nzeng et Landry Amiang Washington. En cause, une série de sorties publiques et de diffusions en direct sur les réseaux sociaux au cours desquelles les deux hommes lui avaient prêté, sans la moindre once de preuve, les crimes les plus odieux. 

Des assassinats avec une appétence particulière pour le sang de ses supposées victimes qu’il boit, selon Stéphan Nzeng, après les avoir fait passer de vie à trépas. Une relation homosexuelle nouée dès l’adolescence avec l’ancien Chef de l’État Ali Bongo Ondimba, une responsabilité supposée en qualité d’acteur central dans les violences post-électorales de 2016. Le clou étant ces accusations de viol et d’inceste qui ont précipité, pour Hervé Patrick Opiangah, la traque, l’exil et la détérioration de son empire économique. 

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Ce ne sont pas là des broutilles susceptibles d’un simple haussement d’épaules. Ce sont des accusations qui, si elles avaient été avérées, auraient dû valoir à leur auteur présumé la prison à vie quand la traque avec l’armée de l’Etat aurait pu lui coûter la vie. Portées à la légère, elles relèvent au contraire d’une indécence rare et d’une manipulation de l’opinion publique dont le seul objectif semble avoir été l’anéantissement méthodique, économique, social, symbolique et physique d’un citoyen.

Des mandats d’arrêt annulés sur ordre : la justice sous tutelle

L’affaire ne s’arrête pourtant pas au dépôt de plainte. La justice gabonaise avait, un temps, semblé vouloir agir. En effet,  une interdiction de sortie du territoire et deux mandats d’arrêt avaient été délivrés contre Stéphane Nzeng et Landry Amiang Washington. Mais ces mesures furent purement et simplement annulées. Landry Amiang Washington, un temps incarcéré à la prison centrale, en fut libéré sur ordre hautement placé, comme si la vérité judiciaire pouvait se négocier au gré des rapports de force du moment.

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Ce retournement en dit long sur l’état d’une justice que l’on prétend vouloir restaurer. Il aura fallu, pour Hervé Patrick Opiangah, l’exil et une traque menée par l’appareil d’État tout entier, une résilience, un courage et combat acharné avec ses partisans avant que la justice ne le blanchisse finalement et entièrement des accusations montées de toutes pièces contre lui. Ses accusateurs, eux, demeurent indécemment libres, comme si le prix de la calomnie ne s’appliquait qu’à sens unique.

Restaurer les institutions ne peut se conjuguer avec l’impunité sélective

On ne bâtit pas une République sur l’arbitraire. On ne restaure pas des institutions en laissant prospérer une justice à deux vitesses, sévère avec les uns, indulgente avec ceux que protègent des accointances avec le pouvoir du moment. Si la Ve République entend réellement incarner la rupture qu’elle revendique, elle ne peut se satisfaire de voir un homme derrière les barreaux pour des mots, quand deux autres, accusés d’avoir failli détruire une vie et une réputation par des mensonges d’une gravité inouïe, continuent de circuler librement.

Hervé Patrick Opiangah a été blanchi par la justice. Mais tant que Stéphane Nzeng et Landry Amiang Washington n’auront pas eu à répondre de leurs accusations devant un tribunal, cette réhabilitation demeurera incomplète et avec elle, la promesse d’un État de droit qui ne distingue pas ses justiciables selon leur proximité avec le pouvoir.

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