
Libreville, le 23 Juin 2026 – (Dépêches 241). Une question en apparence anodine, mais dont les implications sont redoutables : comment expliquer qu’une intelligence artificielle soit capable d’identifier, de documenter et de présenter avec précision l’existence, les investissements et les performances de la Société Gabonaise d’Agriculture Durable (SOGADA), tandis que l’État gabonais semble, lui, ne pas lui accorder la moindre considération lorsqu’il s’agit de désigner ses prétendus « champions nationaux » ? C’est cette interrogation, à la fois simple et dévastatrice, que l’ancien député de la Transition, Jean Valentin Leyama, a portée dans le débat public. Une sortie qui dépasse largement le cadre de la polémique politique pour toucher à une question autrement plus fondamentale : celle de la cohérence entre le discours officiel sur la souveraineté économique et la réalité du traitement réservé aux entrepreneurs nationaux.
« L’IA est au courant de l’existence de la SOGADA et pas les autorités ? », s’interroge Jean Valentin Leyama. Puis, dans une formule qui résonne comme une mise en demeure adressée aux décideurs publics, il poursuit : « La souveraineté économique et la promotion de l’entrepreneuriat local, tant récitées comme slogans, ne devraient-elles pas s’appuyer sur un acteur national précurseur qui investit son propre argent depuis plusieurs années, à qui on devrait accorder des facilités, des incitations et des financements ? Qui, pour répondre ? », ajoute t-il.
L’ironie de la situation est d’autant plus saisissante qu’elle repose sur des faits difficilement contestables. Car la SOGADA n’est ni un projet virtuel ni une promesse inscrite dans un document stratégique. C’est une réalité industrielle tangible, implantée à Meyang, à une cinquantaine de kilomètres de Libreville. Sur plus de 160 hectares, ce complexe agro-industriel a mobilisé près de 16 milliards de francs CFA d’investissements privés.
Il développe une activité intégrée allant de l’aviculture industrielle à la production de poulets de chair, en passant par l’élevage de poules pondeuses, la transformation locale de la banane, du manioc et du taro en produits finis, ainsi que la fabrication d’alvéoles destinées au conditionnement des œufs. Autrement dit, l’entreprise réalise précisément ce que les politiques publiques appellent de leurs vœux depuis des années : produire localement, transformer localement et réduire la dépendance du pays aux importations.
Ce qui distingue la prise de parole de Jean Valentin Leyama n’est pas tant sa dimension critique que son caractère mesuré. L’ancien parlementaire ne réclame ni privilège ni rente de situation. Il ne plaide pas pour un favoritisme d’État. Il pose une question de cohérence. Si la diversification économique constitue réellement une priorité nationale, si la souveraineté alimentaire est appelée à devenir l’un des piliers du nouveau modèle de développement, alors quels critères faut-il encore remplir pour qu’un opérateur économique gabonais soit reconnu comme un partenaire stratégique de la Nation ? À partir de quel seuil d’engagement considère-t-on qu’un investissement mérite un accompagnement institutionnel ?
À 160 hectares exploités, 16 milliards de francs CFA investis et plusieurs chaînes de transformation déjà opérationnelles, la question n’apparaît plus comme une revendication corporatiste. Elle devient un véritable sujet de politique publique. Car si un tel niveau d’engagement entrepreneurial demeure insuffisant pour attirer l’attention des pouvoirs publics, alors c’est la définition même de la « priorité nationale » qui mérite d’être réexaminée.
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En soulevant cette contradiction, Jean Valentin Leyama ne met pas seulement en cause une décision administrative ou un choix sectoriel. Il interroge la capacité de l’État à reconnaître et à soutenir ceux qui ont pris le risque d’investir dans l’économie réelle avant même que les discours officiels n’en fassent une doctrine. « Qui, pour répondre ? ». La formule choisie par Jean Valentin Leyama n’est pas une simple figure de style. Elle constitue une véritable interpellation institutionnelle.
« Qui, pour répondre ? » Cette question s’adresse à un gouvernement qui a placé la souveraineté économique, la préférence nationale et la valorisation de l’entrepreneuriat gabonais au cœur de son récit politique. Elle invite les autorités à démontrer, par des actes, que ces principes ne relèvent pas uniquement de l’incantation.
Car au-delà du cas particulier de la SOGADA, c’est un signal envoyé à l’ensemble du tissu économique national qui se joue ici. Lorsqu’un investisseur engage ses capitaux, développe des capacités de production locales, crée de la valeur ajoutée sur le territoire et participe à la sécurité alimentaire du pays sans bénéficier d’un accompagnement à la mesure de son effort, une question finit inévitablement par s’imposer : quelle place la République réserve-t-elle réellement à ceux qui entreprennent ?
Tant que cette interrogation demeurera sans réponse, le doute continuera de prospérer. Non pas le doute sur l’existence de la volonté politique affichée, mais sur sa traduction concrète dans les faits. Et c’est précisément là que réside la portée de l’interpellation de Jean Valentin Leyama : rappeler qu’en matière de souveraineté économique, les discours ne valent que par les actes qui les accompagnent.
La Ve République gagnerait à répondre à cette question. Non par égard pour un homme politique ou pour une entreprise particulière, mais parce que la crédibilité même de son ambition économique est désormais en jeu.







