
Libreville, le 9 Juillet 2026 – (Dépêches 241). C’est un marché public comme les autres en apparence, fournitures, Budget 2024, localisation Libreville. Mais l’objet révèle tout : « Acquisition des sacs et trousses scolaires personnalisés de l’essor vers la félicité ». Le slogan du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) imprimé sur des articles scolaires, financé par le Trésor public gabonais à hauteur de 500 millions FCFA. Une opération de propagande habillée en action sociale, et facturée au contribuable à coût de centaines de millions de Francs CFA.
« L’essor vers la félicité » n’est pas un hasard rédactionnel. C’est la formule officielle adoptée par le CTRI pour qualifier son projet de société depuis la prise de pouvoir d’août 2023. La retrouver gravée sur des sacs d’écoliers distribués à la rentrée 2024 transforme la commande publique en outil de conditionnement politique. Des enfants gabonais portent désormais, sans le savoir, la marque d’un régime militaire sur le chemin de l’école, aux frais de leurs parents contribuables.
Quand le slogan d’un régime s’invite dans les cartables
Le procédé n’est pas nouveau en Afrique centrale. Des régimes de transition ont régulièrement utilisé les campagnes de distribution scolaire pour ancrer leur image dans les ménages les plus vulnérables. Cahiers, uniformes, kits alimentaires, les vecteurs varient, la logique reste la même. Substituer la visibilité à la légitimité. Mais au Gabon, en 2024, ce glissement s’opère à travers un instrument budgétaire d’État, avec une autorité contractante identifiée et un montant traçable. La différence est documentaire.
Une entente directe pour un demi-milliard de FCFA
Ce qui aggrave le tableau, c’est l’absence totale de mise en concurrence. Le marché a été attribué en entente directe à TOTALE COMMUNICATION, sans appel d’offres, sans publication préalable, sans évaluation comparative. Dans un contexte où le Gabon négocie un programme avec le FMI et affiche des efforts de rationalisation budgétaire, dépenser un demi-milliard en gré à gré pour des articles de propagande envoie un signal dévastateur sur la réalité de la discipline budgétaire affichée par les autorités actuelles.
À la rentrée scolaire 2024, des sacs frappés du slogan du CTRI ont effectivement été distribués dans plusieurs établissements de Libreville, selon des sources concordantes dans le milieu enseignant. Qui les a reçus, selon quels critères, dans quels arrondissements, autant de questions auxquelles ni le ministère de l’Éducation nationale, ni la DGBFIP, ni la présidence n’ont apporté de réponse publique. Le marché est approuvé, l’argent est sorti, les sacs sont distribués. Reste à savoir où est passée la transparence.
Au-delà des questions de procédure, c’est la pertinence même de cette dépense qui interpelle. Comment justifier qu’un État mobilise un demi-milliard de francs CFA pour imprimer un slogan politique sur des sacs scolaires alors qu’une grande partie de la population peine à satisfaire ses besoins les plus élémentaires ?
Un choix budgétaire difficilement défendable
Dans de nombreux quartiers de Libreville comme à l’intérieur du pays, des milliers de familles vivent sans accès régulier à l’eau potable, peinent à se nourrir convenablement, subissent des coupures récurrentes d’électricité et voient leur pouvoir d’achat s’effondrer.
Des établissements scolaires manquent encore de tables-bancs, de manuels, d’équipements pédagogiques ou d’infrastructures dignes de ce nom.
Dans un tel contexte, consacrer 500 millions de FCFA à la personnalisation de fournitures scolaires avec le slogan d’un régime apparaît comme une priorité budgétaire profondément déconnectée des urgences sociales auxquelles sont confrontés les Gabonais. L’argent public devrait servir en priorité à améliorer les conditions de vie des citoyens, à renforcer les services publics et à répondre aux besoins essentiels de la population, non à financer des supports de communication destinés à promouvoir l’image du pouvoir.
Lorsque des familles tirent le diable par la queue, que l’eau manque dans les robinets, que l’alimentation devient un défi quotidien et que la précarité gagne du terrain, chaque franc dépensé à des fins de propagande constitue un choix politique dont les autorités devront assumer la responsabilité devant les Gabonais.







