
Libreville, le 9 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Le Gabon Economic Forum 2026 organisé fin juin a tenu ses promesses de ton. Réuni le 27 juin dernier au Palais des Congrès de Libreville, sous l’égide de la Fédération des Entreprises du Gabon, le forum a affiché des ambitions à la mesure des défis : 18 000 milliards FCFA de financement privé attendus sur cinq ans dans le cadre du Plan national de croissance et de développement. Le président de la FEG, Alain Claude Kouakoua, a déclaré que le temps diagnostic était révolu et que les entreprises attendaient des actes. Le vice-président Alexandre Barro Chambrier a acquiescé. Quarante résolutions ont été adoptées. Une « Déclaration de Libreville du secteur privé » a été annoncée. Tout cela est réel, documenté, et mérite d’être salué. Et pourtant…
Et pourtant, dans le même temps, Fitch Ratings documentait dans son rapport du 22 mai 2026 un stock d’arriérés intérieurs reconnus par les autorités gabonaises envers des fournisseurs privés, certifiés par l’État, dont le remboursement est lui-même en retard. À ces arriérés s’ajoutent un déficit budgétaire exécuté en partie par accumulation de nouvelles dettes envers des prestataires privés, à hauteur de 4,8 % du PIB en 2025 selon la même source. En clair : l’État gabonais doit de l’argent au secteur privé gabonais depuis des mois, parfois des années, pour des prestations déjà réalisées et certifiées. Et dans le même mouvement, il lui demande d’investir 18 000 milliards FCFA supplémentaires dans l’économie nationale.
Cette contradiction n’est pas seulement comptable. Elle est psychologique et opérationnelle. Un entrepreneur gabonais qui attend depuis dix-huit mois le paiement d’un marché public certifié, qui finance cette attente sur sa propre trésorerie ou sur des lignes de crédit bancaires coûteuses, qui voit son bilan se dégrader pendant que l’État accumule de nouveaux engagements sans honorer les anciens, cet entrepreneur n’est pas en situation d’investir de nouveaux milliards. Il est en situation de survie financière. Les huit ateliers du GEF 2026 ont d’ailleurs identifié la dette intérieure comme l’un des thèmes prioritaires de la session, ce qui confirme que le problème est connu de tous les acteurs. Connu, mais pas encore résolu.
Le député Ntoutoume Ayi a fourni, lors du Débat d’orientation budgétaire, les éléments de quantification qui manquaient au débat du GEF. Le PLFR 2026 prévoit 1 400 milliards FCFA d’emprunts, essentiellement pour l’équilibre budgétaire. Ces emprunts génèreront 1 000 milliards FCFA de charges d’intérêts sur dix ans. Dans ce contexte de contrainte budgétaire documentée, la capacité de l’État à apurer ses arriérés envers le secteur privé tout en finançant un plan d’investissement public ambitieux et tout en respectant ses engagements envers ses créanciers extérieurs constitue un exercice d’équilibre dont aucun acteur du GEF n’a présenté la mécanique concrète.
18 000 milliards FCFA de financement privé sur cinq ans, le chiffre est ambitieux, nécessaire, et peut-être atteignable si les conditions sont réunies. Ces conditions ont un nom précis : apurement des arriérés, sécurité juridique des contrats, accès au financement bancaire à des taux supportables, et prévisibilité de la commande publique. Aucune de ces conditions n’est aujourd’hui pleinement satisfaite.
La Déclaration de Libreville du secteur privé sera jugée non pas à la hauteur de ses ambitions affichées, mais à la vitesse à laquelle l’État répondra à la question que personne au GEF n’a posée frontalement : quand est-ce que vous payez ce que vous devez déjà ?







