
Libreville, le 13 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs mois, le Directeur général de l’Agence nationale de l’Aviation civile subit l’assaut répété d’une rumeur numérique qui, à force de bruit, finit par se prendre elle-même pour une vérité. Il convient de s’arrêter, non pour faire taire la critique, elle est la respiration de toute démocratie, mais pour restituer au débat sa dignité perdue.
Il est important de rappeler que la transparence, cette vertu cardinale de l’État de droit, n’est pas l’art de l’accusation répétée. Elle est l’exigence de la preuve. Un homme public doit rendre des comptes, non subir des sentences. Entre ces deux postures se creuse tout l’abîme qui sépare le journalisme du réquisitoire, l’investigation de l’anathème. Or c’est précisément cet abîme que la campagne actuelle semble ignorer, préférant l’écho de l’accusation à la patience de l’enquête.
Et pourtant, que d’ouvrage accompli dans l’ombre pendant que gronde la tempête médiatique ! L’ANAC poursuit, avec une constance qui mérite d’être saluée, un chantier de modernisation exigeant : renforcement de la gouvernance interne, mise aux normes internationales, participation active aux instances africaines de l’aviation civile, montée en compétence des ressources humaines. Une institution qui prépare sereinement les grands audits internationaux, qui forme ses cadres, qui tisse patiemment sa crédibilité auprès des organisations régionales, voilà une réalité que l’on choisit trop souvent de taire au profit de la polémique.
Faut-il rappeler qu’une administration ne se juge pas au vacarme qui l’entoure, mais aux résultats qu’elle produit et aux missions qu’elle honore ? Réduire l’ANAC à quelques allégations relatives à des recrutements, c’est faire injure à tout un corps d’ingénieurs, d’inspecteurs et de techniciens qui, chaque jour, veillent à la sécurité du ciel gabonais.
Un fait mérite également qu’on s’y attarde avec lucidité : une part de cette offensive trouve sa source hors de nos frontières, portée par la voix d’un activiste gabonais établi en France. Que chacun conserve, où qu’il se trouve, la liberté de s’exprimer, c’est un principe auquel on ne transige pas. Mais lorsque l’accusation se fait système, lorsque la répétition tient lieu de démonstration, il devient légitime, et même nécessaire, de s’interroger sur les intentions qui l’animent. Le débat démocratique ne s’enrichit jamais de l’invective ; il s’appauvrit chaque fois que le soupçon supplante le fait.
Les institutions de la République ont besoin d’être contrôlées — nul ne le conteste. Mais elles ont tout autant besoin d’être protégées contre les jugements sommaires et les procès sans juge. Si des manquements existent, que les organes compétents les établissent, et que la loi, le cas échéant, s’applique avec la rigueur qui sied à un État digne de ce nom. Mais si des réformes portent leurs fruits, qu’on ait alors l’honnêteté de les reconnaître.
L’ANAC n’est pas une administration ordinaire. Elle est la gardienne du ciel gabonais, la garante de sa crédibilité devant les instances internationales, le sceau de confiance sans lequel aucun pavillon ne saurait voler sereinement. L’affaiblir par des polémiques incessantes, sans attendre la lumière d’une enquête, ce n’est pas seulement fragiliser un homme : c’est prendre le risque d’ébranler la confiance que les citoyens et les partenaires du Gabon placent dans leurs institutions.
Le débat sur l’ANAC mérite mieux que l’écume des réseaux sociaux. Il appelle des faits, des preuves, des bilans, des explications, et par-dessus tout, cette rigueur intellectuelle sans laquelle aucune démocratie ne peut prétendre à la grandeur. Car au-delà d’un homme, c’est l’avenir de la gouvernance publique gabonaise, et l’honneur même de ses institutions, qui se joue dans cette épreuve.







