
Libreville, le 13 juillet 2026-(Dépêches 241). La rencontre, le 9 juillet dernier à Libreville, entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et l’envoyé spécial de la Commission de l’Union africaine, Albert Shingiro, semble avoir marquée une nouvelle étape dans le règlement du différend frontalier qui oppose le Gabon à la Guinée équatoriale autour des îlots Mbanié, Conga et Cocotiers. À l’issue des échanges, les deux parties se seraient entretenues sur un probable achèvement des négociations techniques devant conduire à la signature, dans les prochaines semaines, d’un accord encadrant la médiation de l’Union africaine en vue de l’application de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ). Une avancée, certes louable pour la diplomatie gabonaise, mais qui soulève de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de l’opinion publique gabonaise en attente d’une communication claire des autorités.
Depuis plusieurs années, Libreville et Malabo semblent avoir fait le choix de s’en remettre aux mécanismes juridiques internationaux plutôt qu’à l’épreuve de force pour régler le différend territorial qui les oppose. Ce positionnement, rarement observé sur le continent dans des contentieux territoriaux aussi sensibles, mérite d’être salué. En acceptant de poursuivre les discussions sous la supervision de l’Union africaine afin de mettre en œuvre la décision de la CIJ, les deux capitales font la démonstration que, même en Afrique, il est possible de régler un conflit aussi délicat autrement que par un affrontement armé.
Vers la signature d’un accord sous médiation de l’Union africain
Toutefois, si le processus diplomatique semble aujourd’hui solidement engagé entre les deux États, un autre front demeure largement ouvert : celui de la communication envers les citoyens gabonais. D’autant que depuis le prononcé de l’arrêt de la Cour internationale de justice, les autorités gabonaises n’ont pratiquement fourni aucune explication détaillée sur la portée réelle de cette décision, ni sur les différentes options juridiques, diplomatiques et politiques auxquelles les gabonais doivent s’attendre. À n’en point douter, ce silence entretient une zone d’incertitude qui nourrit les interrogations d’une opinion publique naturellement attachée à toute question relevant de la souveraineté nationale.
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Et pourtant, dans un dossier aussi symbolique, la pédagogie politique et sociale doit constituer un impératif démocratique. Le gouvernement gagnerait à expliquer les marges de manœuvre dont il dispose, les contraintes découlant du droit international, ainsi que les scénarios envisageables dans le cadre de ses discussions avec la Guinée équatoriale. Une telle démarche permettrait d’éviter que le débat public ne soit alimenté par les rumeurs, les interprétations partisanes ou les approximations juridiques.
Une communication officielle toujours insuffisante
Dans ces conditions, il devient nécessaire pour le gouvernement gabonais de communiquer clairement sur la situation. À défaut, il prend le risque, à terme, de fragiliser l’acceptation populaire de tout accord qui serait conclu. Si une partie de la population venait à découvrir, sans préparation préalable, les conséquences défavorables mais concrètes du règlement de ce différend, le risque d’incompréhension, et probablement de contestation politique ou de tensions sociales ne peut être totalement écarté. Pour éviter un tel scénario, les autorités gagneraient à expliquer les choix opérés et les fondements juridiques qui les sous-tendent.
À mesure que l’accord de mise en œuvre de l’arrêt de la CIJ approche de sa signature, l’exécutif gabonais, lui, est attendu sur un exercice de clarification. Expliquer les enjeux, présenter les options retenues et répondre aux préoccupations des citoyens contribuerait à renforcer la confiance entre les institutions et la population. Sans cela, une décision pourtant obtenue dans un cadre pacifique et conforme au droit international pourrait être perçue comme imposée ou insuffisamment comprise, avec les conséquences politiques que cela pourrait entraîner.
Construire la paix diplomatique et maintenir les relation bilatérales
Le Gabon et la Guinée équatoriale semblent offrir aujourd’hui l’image de deux États résolus à privilégier le dialogue et les mécanismes du droit international pour tourner la page d’un différend territorial vieux de plusieurs décennies. Cette démarche mérite d’être reconnue. Mais la paix diplomatique ne saurait durablement se construire sans une paix intérieure fondée sur l’information et la confiance. Pour le gouvernement gabonais, l’enjeu n’est plus seulement de négocier avec Malabo, mais aussi d’expliquer à son propre peuple les contours, les implications et les conséquences de l’accord qui se dessine.
C’est à cette condition que le règlement du dossier Mbanié pourra être pleinement accepté et constituer une véritable victoire politique autant que diplomatique.







