
Libreville, le 14 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Le système Vectis, qui gère aujourd’hui l’intégralité du processus budgétaire de l’État gabonais, de l’élaboration à l’exécution en passant par l’engagement des dépenses, est un logiciel conçu et édité par une société marocaine. Le Gabon en est utilisateur depuis 2012, année de signature de la première convention avec Involys, selon l’historique publié par l’entreprise elle-même, soit treize ans de dépendance continue à un unique fournisseur pour l’un des outils les plus sensibles de l’appareil d’État.
Le système ne se limite pas à un simple outil informatique de saisie comptable. En juillet 2022, deux missions du FMI, menées par des experts du Département des finances publiques sous la supervision d’AFRITAC Centre, ont directement travaillé sur l’adaptation de Vectis pour renforcer le pilotage de l’exécution budgétaire, dans le cadre du programme économique et financier conclu entre le Gabon et l’institution de Bretton Woods. Preuve que l’outil est désormais imbriqué jusque dans les engagements macroéconomiques du pays vis-à-vis de ses partenaires internationaux.
En avril 2024, le Ministère de la Fonction Publique a organisé une formation dédiée au processus de la dépense sur Vectis, confirmant que l’outil reste au centre des échanges financiers entre ministères et du pilotage budgétaire au quotidien, pour des agents publics qui n’ont d’autre choix que de composer avec un système sur lequel l’État gabonais n’a, in fine, qu’une maîtrise limitée.
Cette question de la dépendance technologique prend une résonance particulière quatre jours seulement après l’inauguration, le 3 juillet 2026 à Nkok, du tout premier data center national et souverain du Gabon. Porté par ST Digital et présenté par le président Oligui Nguema comme l’acte de naissance de la souveraineté numérique du pays, ce chantier vise justement à rapatrier sur le sol gabonais l’hébergement des données stratégiques de l’État, des entreprises et des citoyens, pour mettre fin à une dépendance à l’étranger jugée jusqu’ici incontournable.
Le contraste est frappant: pendant que Libreville célèbre sa souveraineté sur l’hébergement physique de ses données, le logiciel qui produit et traite ces mêmes données budgétaires reste, lui, la propriété d’un éditeur étranger, jamais mis en concurrence depuis treize ans. La souveraineté numérique version data center appelle logiquement la question de la souveraineté logicielle, celle du contrôle effectif sur les outils qui pilotent, au quotidien, l’argent public.







