Gabon: Eramet-Comilog injecte 0,08 % de son chiffre d’affaires dans 2 box commerciaux, des étals et quelques équipements médicaux

À Moanda et Djoutou, le groupe minier multiplie les projets communautaires au nom de sa politique RSE, mais derrière les infrastructures livrées, les chiffres interrogent l’échelle réelle de la redistribution locale © Dépêches 241

Libreville, le 17 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Trois inaugurations, une ministre, des discours sur l’indépendance économique des communautés. Le 15 juillet 2026 à Moanda, Eramet Comilog a livré un marché moderne de 72 étals et 2 box commerciaux, un dispensaire équipé et une école de musique professionnalisante, auxquels s’ajoute une miellerie coopérative à Djoutou portée par six villages. Coût total affiché : 572 millions de FCFA, répartis sur quatre projets présentés comme structurants. La ministre en charge de l’Entrepreneuriat, Zenaba Gninga Chaning, a salué des initiatives « capables de s’autofinancer » et de « renforcer durablement l’indépendance économique » des populations concernées. Le tout présenté sous le label maison « Act for Positive Mining », feuille de route RSE du groupe.

Le problème, en réalité dans ces projets, c’est le dénominateur. En 2024, la Compagnie Minière de l’Ogooué a réalisé 718,1 milliards de FCFA de chiffre d’affaires consolidé, dans un contexte pourtant qualifié de difficile par le groupe lui-même : baisse de 8 % de la production de minerai, recul de 8 % des volumes transportés, arrêt temporaire de trois semaines à Moanda au quatrième trimestre. Le résultat d’exploitation dans les comptes sociaux a tout de même atteint 173,7 milliards de FCFA.

Les dividendes versés aux actionnaires minoritaires de Comilog ont totalisé l’équivalent de 55 millions d’euros, soit environ 36 milliards de FCFA, pour la seule année 2024. Ces chiffres correspondent à une année de cycle bas. En 2022, au sommet du cycle, l’EBITDA ajusté du groupe Eramet atteignait 1,9 milliard d’euros, porté en large partie par l’activité manganèse gabonaise.

572 millions de FCFA face à 173,7 milliards de résultat d’exploitation c’est 0,33 %. Face aux 718,1 milliards de chiffre d’affaires, le ratio tombe à 0,08 %. Pour mettre ces chiffres en perspective : le marché de Lékolo II, livré pour 142 millions de FCFA, représente ce que Comilog génère en chiffre d’affaires en moins de deux heures d’exploitation à Moanda. Le dispensaire, facturé 115,7 millions travaux et équipements compris, correspond à moins de dix minutes de revenus à ce même rythme annuel. La miellerie de Djoutou, projet phare de la séquence avec ses 200 millions de FCFA, vise une production de 14,4 tonnes de miel par an pour dix emplois directs. C’est une initiative utile pour les six villages concernés. Ce n’est pas une réponse à l’échelle de ce que le sous-sol de Moanda exporte chaque jour vers les aciéries chinoises et européennes.

Comilog revendique par ailleurs contribuer à « hauteur de 600 milliards de FCFA à l’économie nationale » , taxes, redevances et investissements confondus. L’agrégat est communiqué chaque année avec constance, et il n’est pas inexact dans son principe. Mais il noie une question plus précise : quelle fraction de cette contribution atterrit directement dans les communautés riveraines des opérations minières, plutôt que dans les caisses de l’État central ou dans les comptes de résultat de la maison mère parisienne ? 

Les taxes et redevances minières versées à l’État gabonais s’établissaient à 0,2 dollar par unité de manganèse en 2025, stable par rapport à 2024, ce qui illustre que l’essentiel de la valeur extraite transite hors du territoire avant redistribution. La RSE communautaire, telle qu’elle est pratiquée ici, est le dernier maillon d’une chaîne dont les maillons les plus lourds sont ailleurs.

La miellerie de Djoutou va produire du miel. Le dispensaire de Lékolo II va soigner des familles. L’école de musique Mangombi va former soixante jeunes. Rien de tout cela n’est à minimiser pour ceux qui en bénéficient directement, et les projets semblent sérieusement montés. Mais la RSE ne peut pas être le seul curseur par lequel une entreprise qui extrait plusieurs millions de tonnes de minerai par an rend compte de son rapport au territoire.

 En 2025, près de 7 millions de tonnes de minerais ont été extraites à Moanda, majoritairement exportées à l’état brut. À ce volume et à ce rythme, 572 millions de FCFA en projets communautaires, c’est moins ce qu’un partenariat territorial devrait produire qu’une opération de communication bien conduite. Le manganèse de Moanda part en milliards. Les centimes par contre, restent aux populations.

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