« Je ne porte plus plainte, ça ne sert à rien » : Ndong Sima fait un procès sans détour à l’institution judiciaire gabonaise

L’ancien premier ministre de la transition, Raymond Ndong Sima dans son corps de garde, vivement remonté contre ce qu’il considère comme un acte de partialité de la justice gabonaise, contre la plainte qu’il a déposé depuis l’année dernière.

Libreville, le 3 août 2026-(Dépêches 241) Décriée depuis plusieurs années, et malgré l’avènement de la Vème République, la justice gabonaise continue inlassablement d’essuyer des critiques acerbes. C’est le constat que vient de faire, à ses dépens, l’ancien Premier ministre de la Transition, Raymond Ndong Sima. Interrogé sur les potentielles suites judiciaires qu’il pourrait engager contre les nombreuses personnes ayant fait de lui une cible privilégiée depuis sa démission de son poste de président du conseil d’administration du projet AGROPAG, l’intéressé affirme ne pas vouloir porter plainte. La raison qu’il évoque fait froid dans le dos et semble décrire, à demi-mot, l’état de décrépitude avancée dans lequel se trouverait la justice gabonaise. 

L’institution judiciaire gabonaise fait l’objet de vives critiques au sein de l’opinion publique. il ne se passe pas un jour sans qu’un citoyen ne se plaint d’être victime de la partialité de l’institution judiciaire gabonaise. Il lui est régulièrement reproché, à tort ou à raison, d’être une justice à géométrie variable. Ces accusations semblent, regrettablement, avoir pris une dimension internationale depuis l’arrestation et le placement sous mandat de dépôt, à la prison centrale de Libreville, du dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba, Alain-Claude Bilie-By-Nze. Ses avocats, tant nationaux qu’internationaux, accusant, par le biais de leur nombreuses déclarations, la justice gabonaise de partialité au regard du traitement que celle-ci réserve à leur client depuis son incarcération. 

Comme si cela ne suffisait pas, l’ancien Premier ministre de la Transition, Raymond Ndong Sima, vient l’enfoncer un peu plus en estimant que  porter plainte au Gabon ne sert plus à rien. Selon lui, compte tenu du silence et l’absence d’évolution sur la procédure judiciaire qu’il a engagée contre des personnalités de la société civile proche du pouvoir, qui l’avaient publiquement accusé d’être le responsable des déguerpissements à coups de bulldozer dont des centaines de familles vivant à Plaine-Orety ont été victimes, « cela ne sert à rien ».

Une déclaration particulièrement grave, et qui en dit long sur l’orientation actuelle de la justice au Gabon. Alors que l’homme politique est connu pour son attachement aux principes démocratiques,  à l’État de droit et au respect des institutions, une telle déclaration suscite de profondes interrogations, tout autant que de légitimes inquiétudes au sein de l’opinion. L’ancien président du conseil d’administration d’AGROPAG ne se contente pas d’accuser : il affirme étayer ses propos par des faits. Il invoque notamment une plainte qu’il a déposée au tribunal de Libreville mais qui, malgré un suivi régulier assuré par son conseil, serait toujours en train de « dormir ».

Pour lui, le statu quo et le silence assourdissant de la justice depuis le dépôt de sa plainte, il y a plusieurs mois, montrent clairement qu’il y a une justice pour les uns et une pour les autres . Dans ce sens a-t-il déclaré : « J’ai porté plainte contre trois personnes m’accusant d’avoir induit le président en erreur lors des déguerpissements de Plaine-Orety, mais la plainte dort depuis l’année dernière, elle n’a pas bougé », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Ça veut dire qu’il y a les uns et les autres. Il y a les gens pour lesquels les plaintes avancent. La seule chose que j’ai sentie dans cette affaire, c’est la dépense que j’ai faite en payant un avocat », conclut l’homme politique, visiblement dépité.

Par cette sortie, Ndong Sima reconnaît, de manière à peine voilée, que la Vème République, qu’il a lui-même contribué à ériger à travers une Constitution plus personnalisée que jamais, n’a pas permis, selon lui, de restaurer la confiance dans l’institution judiciaire. Cette posture ne traduit pas qu’un simple coup de gueule, c’est un aveu d’échec. L’homme politique semble constater, à contrecœur, l’absence d’évolution dans le domaine judiciaire de son pays.

Et lorsqu’un ancien Premier ministre de la Transition, ancien directeur de campagne de l’actuel président de la République et fervent soutien du régime, ne peut plus faire confiance en  la justice de son pays au point de renoncer à déposer plainte, il ne s’agit plus d’un simple mécontentement ou d’un caprice, mais, selon cette lecture, du symptôme d’un dysfonctionnement profond d’un système judiciaire en piteux état, dont les multiples tentatives de raccommodage n’auraient fait que révéler davantage les failles.

Ainsi, au-delà du cas personnel de Raymond Ndong Sima, cette prise de position relance le débat sur la crédibilité de l’institution judiciaire gabonaise et sur la confiance que les citoyens peuvent lui accorder. Si les propos de l’ancien Premier ministre traduisent un sentiment largement partagé par une partie de l’opinion, ils constituent également un signal d’alerte pour les autorités. Car une justice dont même d’anciens responsables de l’État disent ne plus attendre de réponse risque d’alimenter davantage les interrogations sur son indépendance, son efficacité et sa capacité à garantir l’égalité de tous devant la loi.

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