
Libreville, le 25 août 2026 – (Dépêches 241). Ce n’est plus une hypothèse, c’est un fait consigné noir sur blanc : la rédaction de Dépêches 241 a pu consulter le rôle de l’audience du Conseil de discipline qui se tient ce jour au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature. Bruno Obiang Mve, ancien Procureur de la République, et Eddy Minang, ancien Procureur Général près la Cour d’Appel, y sont bien inscrits, aux côtés d’autres magistrats appelés à répondre de leurs actes. L’institution tranchera. Mais l’échelle des peines qu’elle a elle-même dessinée, et qu’elle a récemment appliquée à l’une des figures les plus en vue de la magistrature gabonaise, ne laisse guère de doute sur la sévérité qu’appelle un dossier où le mensonge et le parjure ne sont pas des hypothèses d’école, mais un fait judiciairement établi.
Le Statut des Magistrats, régi notamment par la loi n°040/2023, offre au Conseil Supérieur de la Magistrature un éventail de sanctions disciplinaires dont la gradation dit, à elle seule, la philosophie. Le blâme, assorti le cas échéant d’une inscription au dossier, la suspension d’avancement, le retrait de fonctions déjà occupées, l’interdiction de toute nomination pour une durée déterminée, cinq ans par exemple et, au sommet de cette pyramide punitive, la révocation, réservée aux fautes les plus graves ou à la récidive.
Cette échelle n’a de sens que si elle est appliquée à la mesure exacte du manquement constaté, ni plus indulgente pour les titres les plus élevés de la hiérarchie judiciaire, ni plus sévère pour les magistrats les moins gradés.
Le précédent Linda Bongo Ondimba: la mesure d’un simple militantisme
En juillet 2024, Linda Bongo Ondimba, demi-sœur de l’ex-président Ali Bongo Ondimba, avait été traduite devant le Conseil de discipline pour s’être ouvertement affichée aux couleurs du Parti Démocratique Gabonais (PDG) durant la campagne présidentielle d’août 2023, en soutien à son frère, en violation de la loi imposant la neutralité aux magistrats.
La sanction fut sans appel : rétrogradation au deuxième grade de la hiérarchie judiciaire et interdiction de toute fonction nominative pendant cinq années, soit jusqu’en 2029. Une peine lourde, pour un fait qui, pour condamnable qu’il soit au regard du devoir de réserve, ne concernait que la sphère de l’opinion et de l’affichage politique d’une magistrate, sans qu’aucune procédure judiciaire n’ait été faussée, sans qu’aucun justiciable n’ait vu sa vie mise en danger, n’ait été privé de sa liberté ou de ses biens sur la foi d’un mensonge.
Obiang Mve et Eddy Minang: la mesure d’un mensonge d’Etat et d’un hideux parjure
Que dire, alors, de deux magistrats du parquet qui, eux, ne se sont pas contentés d’un tee-shirt aux couleurs d’un Parti, mais ont laissé prospérer, sur la base de dates fabriquées, une procédure sans plainte recevable, sans preuve matérielle, sans victime maintenant des accusations, et sans même les éléments constitutifs de l’infraction reprochée ? Il s’agit bien évidemment de Eddy Minang, ancien Procureur Général et de Bruno Obiang Mve, ancien Procureur de la République.
Des perquisitions ont été menées dans plusieurs domiciles et au siège d’un Parti politique avant même l’enregistrement de la plainte censée les autoriser. La holding HPO, consortium regroupant toutes les entreprises de l’homme a été fermée sans décision de justice durant plus de 5 mois. Une famille entière a été exposée à la force publique, des comptes privés ont été gelés. La supposée victime censée être protégée a été interpellée et auditionnée cinq (5) jours durant, en violation flagrante de la loi. Les faits d’une gravité inouïe parlent d’eux même.
Si le militantisme d’affichage a valu à Linda Bongo Ondimba cinq ans d’interdiction de nomination et une rétrogradation, quelle sanction serait proportionnée pour Eddy Minang et Obiang Mve, deux procureurs dont le parjure a servi de fondement à l’anéantissement méthodique d’un homme, de son nom et de son outil économique ?
Poser la question, c’est mesurer combien l’échelle des peines du Statut des Magistrats trouverait, dans ce dossier, sa plus légitime et sa plus haute application.
Le Conseil Supérieur de la Magistrature à l’épreuve de sa crédibilité
Le Conseil Supérieur de la Magistrature s’apprête donc à statuer entres autres, sur deux noms, et pas des moindres: Eddy Narcisse Minang et Bruno Obiang Mve, respectivement ancien Procureur général et ancien Procureur de la République.
L’institution a déjà prouvé, avec Linda Bongo Ondimba, qu’elle savait sanctionner lourdement un manquement à la neutralité. Elle devra désormais prouver qu’elle sait sanctionner, avec la même rigueur, le manquement le plus grave qui soit pour un magistrat : mentir à la nation, se parjurer, inventer des dates de dépôt de plainte pour rendre légitime le déclenchement d’une action publique qu’ils savaient illégale et pour faire prospérer une procédure judiciaire qu’ils savaient constellées d’irrégularités. .
En dessous du retrait de fonctions et de l’interdiction de toute nomination pour une durée au moins équivalente à celle infligée à Linda Bongo Ondimba, toute décision apparaîtrait non seulement incompréhensible, mais surtout profondément injuste. À sanction comparable, traitement comparable : en deçà, ce ne serait plus la justice qui s’exprimerait, mais l’arbitraire.







