
Libreville, le 25 août 2026 – (Dépêches 241). Il n’aurait pas jugé utile de se présenter devant ses pairs. Narcisse Eddy Minang, ancien Procureur Général près la Cour d’Appel de Libreville, a été, selon une source judiciaire, définitivement radié du corps de la magistrature à l’issue du Conseil de discipline tenu ce jour par le Conseil Supérieur de la Magistrature. Une sanction que rien ne pouvait plus surprendre, tant le nom du magistrat déchu apparaissait, chose rare, à deux reprises sur le rôle de cette audience, sans que l’intéressé n’ait toutefois estimé nécessaire d’y répondre en personne.
Que l’on figure une fois sur le rôle d’un Conseil de discipline relève déjà, pour un magistrat, d’une épreuve rarement traversée dans une carrière. Y figurer deux fois relève d’une configuration exceptionnelle, révélatrice d’un cumul de manquements que l’institution ne pouvait plus ignorer. Face à cette double convocation, Narcisse Eddy Minang aurait préféré l’absence au contradictoire, pratiquant la politique de la chaise vide à l’audience où se jouait pourtant son avenir professionnel. Un choix que d’aucuns liront comme un désaveu implicite de l’autorité même chargée de le juger, quand d’autres y verront simplement l’ultime réponse d’un homme qui n’avait, en réalité, plus grand-chose à opposer aux faits.
L’un des motifs, sans avancer avec certitude, renverrait à un feuilleton judiciaire déjà largement documenté dans nos colonnes. Sans aucun doute le scandale politico judiciaire le plus retentissant de l’histoire judiciaire de notre mais. Il s’agit bien évidemment de l’affaire Hervé Patrick Opiangah, où le réquisitoire de l’ancien Procureur Général avait évoqué une date de dépôt de plainte contredite par les pièces du dossier.
Le second trouverait sa source dans un épisode plus récent, mais tout aussi retentissant, la suspension de trois mois prononcée à son encontre, début juin, par le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, dans le cadre d’une mesure conservatoire consécutive à des soupçons de malversations financières et d’entrave à une procédure judiciaire en cours. Ce séisme judiciaire, qui avait alors surpris jusque dans les rangs de la magistrature, aura donc fini par rattraper son protagoniste, au terme d’un processus disciplinaire qui n’aura laissé place à aucune ambiguïté.
En prononçant la révocation, sanction la plus sévère de l’échelle disciplinaire prévue par le Statut des Magistrats, le Conseil Supérieur de la Magistrature met un terme définitif à la carrière de Narcisse Eddy Minang. Une décision qui dessine les contours d’une justice disciplinaire qui, cette fois, aura su graduer la sanction à la mesure exacte de la faute, et rappeler, à qui en doutait encore, qu’aucune absence quand on est convoqué par une institution ne saurait tenir lieu de défense.







