Conseil de discipline du CSM: Leïla Létitia Ayombo Moussa, la magistrate filmée discrètement par Noureddine Bongo radiée 

La session du Conseil de discipline du Conseil Supérieur de la Magistrature, tenue le 25 août 2026, a prononcé la radiation définitive de l’ancienne juge d’instruction spécialisée, quelques mois après la diffusion d’une vidéo tournée en caméra cachée qui l’avait exposée sans ménagement © Dépêches 241

Libreville, le 26 août 2026 – (Dépêches 241). La sanction était redoutée, elle est désormais actée. Mme Leïla Létitia Ayombo Moussa, Directrice de la Gestion des Sceaux et Symboles de la République et ancienne juge d’instruction spécialisée au Tribunal de première instance de Libreville, a été radiée du corps de la magistrature à l’issue du Conseil de discipline du CSM tenu ce 25 août 2026,  la sanction la plus lourde prévue par l’article 164 de la loi n°040/2023 portant Statut des magistrats. Une décision qui ravive, à elle seule, le souvenir d’une vidéo devenue virale sur la toile, où l’on découvrait Noureddin Bongo Valentin, en compagnie de sa mère, dans le bureau même de la magistrate, une scène filmée à son insu par les lunettes du fils de l’ancien président déchu.

Cette captation, restée gravée dans la mémoire collective, avait mis à nu bien plus qu’un simple échange informel entre une juge d’instruction et les personnes qu’elle instruisait. Interrogée hors caméra officielle, mais bel et bien enregistrée, Leïla Létitia Ayombo Moussa y livrait une confidence aux allures d’aveu : « Vous savez, je vais vous dire, même les membres du CTRI sont venus ici pour me dire qu’on doit vous condamner », avait-elle affirmé. 

Une phrase à elle seule vertigineuse, puisqu’elle plaçait la décision judiciaire non plus entre les mains du magistrat instructeur, garant théorique de son indépendance, mais entre celles d’un organe politico-militaire, le Comité de Transition pour la Restauration des Institutions (CTRI), alors présidé par le Général Brice Clotaire Oligui Nguéma.

La magistrate n’en restait pas là. Elle ajoutait, dans la même conversation : « C’est le coup d’État, il fallait vous mettre hors circuit c’est tout ». Une formule glaçante par sa franchise, qui réduisait la procédure judiciaire visant la famille Bongo à un simple instrument de neutralisation politique consécutif à la prise de pouvoir militaire d’août 2023  et non à l’aboutissement d’une instruction menée en toute indépendance. 

Elle devait entre autres  précisé que l’ordre d’incarcérer César Opiangah, frère aîné d’Hervé Patrick Opiangah alors en cavale, émanait directement du président de la Transition. Une allégation qui, si elle devait un jour être établie avec certitude, situerait l’ingérence du pouvoir militaire dans les affaires judiciaires bien au-delà du seul dossier Bongo.

Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, avait alors annoncé l’ouverture d’investigations administratives et déontologiques, estimant que les faits, s’ils étaient établis, pourraient constituer de graves manquements aux obligations professionnelles du magistrat. Près de deux ans plus tard, le Conseil de discipline du CSM aura tranché sans détour, plaçant Leïla Létitia Ayombo Moussa aux côtés de Dr Eddy Narcisse Minang parmi les trois magistrats radiés de ce 25 août.

Une sanction qui, au-delà du seul cas individuel, interroge la solidité des digues censées séparer, au Gabon, l’autorité judiciaire de l’autorité militaire  et le prix, pour la magistrature tout entière, d’avoir laissé un aveu filmé devenir la pièce la plus éloquente de son propre dossier disciplinaire.

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