Gabon : AGROPAG qui fonce droit dans le mur, la SOGADA de HPO toujours au sommet

La société gabonaise de développement agricole (SOGADA) reçoit la reconnaissance internationale de l’expertise et de l’engagement inébranlable de son PCA , Hervé Patrick Opiangah. Tandis qu’AGROPAG, un projet étatique, semble aller droit au dans le mur. © Dépêches 241

Libreville, le 28 août 2026-(Dépêches 241). Le monde entrepreneurial semble ne pas être un long fleuve tranquille au Gabon. L’État pourrait bien se retrouver contraint de reconnaître cette évidence, notamment avec son projet AGROPAG qui, malgré les milliards investis, semble foncer inexorablement dans le mur. En face, la Société gabonaise de développement agricole (SOGADA), entreprise à capitaux privés, mais gabonaise, appartenant à la holding HPO & Associés, parvient, grâce à une expérience avérée et à une gestion rigoureuse de son président du conseil d’administration, Hervé Patrick Opiangah, à tirer son épingle du jeu.

La période de la transition a été marquée par de nombreuses promesses, des engagements des autorités d’alors et, dans certains cas, le lancement de grands projets. C’est notamment le cas du projet AGROPAG, lancé en grande pompe et piloté directement par le Premier ministre de la transition de l’époque, Raymond Ndong Sima.

AGROPAG : un projet lancé avec de grandes ambitions

Sur le papier, le projet ne laissait pourtant aucune place au doute. L’État avait mis à disposition une enveloppe de 7 milliards de francs CFA destinée à répondre aux besoins de financement. Pour couronner le tout, AGROPAG bénéficiait de l’implication du chef du gouvernement lui-même, présenté comme particulièrement rigoureux dans la gestion des affaires publiques.

Dans le cadre du projet, des passerelles ont été mises en place et des contrats noués avec certains pays dont l’expérience dans le domaine agro-pastoral ne souffre d’aucune contestation. Le Brésil avait ainsi été choisi, notamment pour assurer la formation de jeunes Gabonais sélectionnés à cet effet, mais également pour l’acquisition d’un millier de têtes de bovins destinées à permettre le démarrage du projet sur le site de Ndendé.

À la suite de la livraison des premières bêtes, le projet a cependant suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, certains internautes s’interrogeant sur le montant consacré à l’acquisition du cheptel et sur la gestion globale du projet. Des désistements auraient également été enregistrés parmi les jeunes ayant suivi la formation au Brésil, notamment celui de Jef Blampin, qui aurait fait état de manquements susceptibles, selon lui, de compromettre l’avenir du projet.

Ndong Sima quitte le navire sur fond de désaccords

À la suite de l’élection présidentielle, de nombreux bouleversements sont intervenus. Raymond Ndong Sima n’étant plus Premier ministre, il n’avait plus la même implication dans la gestion du projet. AGROPAG a alors poursuivi son chemin dans un contexte qui s’est progressivement dégradé.

Quelque temps plus tard, l’ancien Premier ministre as été rappelé à la rescousse, cette fois en qualité de président du conseil d’administration. Durant la période où il a occupé cette fonction, Raymond Ndong Sima affirme avoir organisé environ cinq conseils d’administration, sans parvenir à faire aboutir les décisions attendues. Selon ses propres explications, ces difficultés seraient notamment liées à des désaccords avec le directeur général du projet.

Constatant, selon lui, qu’il ne disposait pas des moyens nécessaires pour faire appliquer les décisions du conseil d’administration, l’ancien opposant à Ali Bongo a finalement choisi de démissionner de son poste de PCA, quittant ainsi le projet en cours de route. Cette démission a été perçue par certains comme un geste irresponsable, voire comme une forme de désengagement difficilement compréhensible, compte tenu de l’importance accordée à AGROPAG durant le projet de société du chef de l’état.

Le projet semble  en effet être l’un des programmes présentés comme emblématiques par les autorités, notamment dans le domaine de la souveraineté alimentaire et de la production de viande bovine. La question est donc de savoir comment un programme ayant bénéficié d’une enveloppe publique aussi importante a pu se retrouver dans une telle situation et apparaît inévitablement foncer droit dans le mur. 

Si cette succession de décisions contestées, associée aux difficultés de gouvernance rapportées au sein de la structure, ne suffit pas encore à qualifier AGROPAG d’échec, elle pose à tout le moins de sérieuses questions sur son efficacité et sur l’utilisation des ressources publiques qui lui ont été consacrées.

Pendant qu’AGROPAG vacille, la SOGADA avance

Pendant qu’AGROPAG semble s’employer à maintenir son équilibre, pour ne pas dire s’enliser, un acteur privé poursuit, de son côté, son développement dans le secteur agroalimentaire gabonais avec un objectif désormais clairement affiché : contribuer à la souveraineté et, par extension, à l’autosuffisance alimentaire du Gabon. Cet acteur n’est autre que la Société gabonaise de développement agricole (SOGADA). Dirigée par l’homme d’affaires gabonais Hervé Patrick Opiangah, la société constitue, sans nul doute, un acteur important du secteur agroalimentaire national.

Si, dans un passé encore récent, l’opinion publique avait une connaissance limitée des activités de la SOGADA, la situation semble avoir évolué. La société s’affirme désormais comme l’un des acteurs du secteur agroalimentaire parmi les entreprises détenues par des nationaux. La holding HPO et Associés, à laquelle appartient la SOGADA, revendique notamment une stratégie de développement industriel dans plusieurs secteurs.

En témoigne notamment la récente visite de l’ambassadeur et plénipotentiaire de la République d’Angola, Joaquim do Espírito, au sein des installations de la holding. Cette visite a permis au diplomate de découvrir les activités développées par le groupe et les investissements réalisés dans le secteur agricole.

Après la visite de la holding HPO et Associés, le représentant de Luanda a été conduit sur le site commercial de la SOGADA, où sont notamment commercialisés les œufs et où sont également fabriquées des alvéoles. Selon les données communiquées par l’entreprise, la production atteindrait environ trois millions d’unités par an. De quoi surprendre ceux qui pensaient que ces équipements étaient exclusivement importés.

Meyang : la vitrine industrielle de la SOGADA

Le meilleur devait toutefois être réservé pour la fin : le site de Meyang, situé à environ 55 kilomètres de Libreville, où sont implantées plusieurs installations industrielles de la société. Le site s’étend sur plus de 158 hectares. La SOGADA y développe notamment une activité de production d’œufs, avec plus de 150 000 poules pondeuses, pour une production d’environ 54 millions d’œufs par an. L’entreprise est également présente dans la production porcine, avec un cheptel  de 500 têtes et une production de 22 tonnes de viande chaque année. 

Le point culminant de la visite aura été la découverte du site destiné à accueillir les prochaines unités de production de poulets de chair. Un projet qui intervient dans un contexte où le gouvernement affiche sa volonté de réduire la dépendance du Gabon aux importations de produits alimentaires.

À l’issue de la visite, le diplomate angolais a salué les investissements réalisés et encouragé Hervé Patrick Opiangah à poursuivre les efforts engagés dans le développement de la filière agricole. Cette visite n’est  donc pas anodine. Elle constitue une forme de reconnaissance extérieure du savoir-faire développé par la SOGADA dans l’agroalimentaire gabonais quand les nouvelles autorités semblent lui tourner le dos. 

L’état doit tirer les leçons pour avancer

Reste désormais à savoir si l’État saura tirer les leçons de cette comparaison. D’un côté, un projet public confronté à des difficultés de gouvernance après plusieurs milliards de francs CFA mobilisés ; de l’autre, une entreprise privée à capitaux gabonais qui affirme avoir investi massivement dans des infrastructures et des capacités de production.

L’enjeu dépasse largement le destin de deux entreprises. Il concerne la capacité du Gabon à construire une véritable politique de souveraineté alimentaire. Si l’État ne peut pas toujours investir directement dans les entreprises privées, il peut au moins créer les conditions permettant aux acteurs disposant déjà d’une expérience et d’outils opérationnels d’accéder plus facilement aux financements.

Car si l’objectif est réellement de réduire la dépendance du pays aux importations et de renforcer la production nationale, les pouvoirs publics devront tôt ou tard regarder du côté de ceux qui ont déjà fait leurs preuves sur le terrain. Autrement dit, pour atteindre la souveraineté alimentaire, encore faut-il savoir investir là où les résultats sont susceptibles de suivre.

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