Gabon: Belinga, le géant minier qui promet depuis vingt ans mais produira au mieux en 2030

Le géant minier pourra commencer à produire qu’à partir de 2030, sous certaines conditions également.

Libreville, le 7 septembre 2026-(Dépêches 241). Belinga devait déjà changer le visage de l’économie gabonaise il y a vingt ans. En 2006, le gouvernement accordait à un consortium conduit par la China Machinery Engineering Corporation (CMEC) les droits pour développer le gigantesque gisement de fer de l’Ogooué-Ivindo. Le projet chinois promettait alors plusieurs milliards de dollars d’investissements, avec une mine, des centaines de kilomètres de chemin de fer, un port en eau profonde et des infrastructures énergétiques. Certaines projections de l’époque envisageaient même une mise en exploitation autour de 2011. Vingt ans après l’accord chinois, Belinga n’est toujours pas une mine industrielle : Fortescue travaille désormais avec le Gabon sur un objectif de première expédition commerciale à grande échelle en 2030, sous réserve d’une décision finale d’investissement, des études et des autorisations nécessaires.

L’histoire explique une partie de ce retard spectaculaire. Le premier projet porté par les Chinois s’est progressivement enlisé : le gouvernement gabonais a remis en cause l’accord après avoir reproché à la partie chinoise des manquements contractuels, avant qu’un règlement ne soit trouvé en 2013, le projet étant finalement abandonné sous sa forme initiale. Belinga a ensuite connu plusieurs tentatives de relance avant le retour d’un acteur minier majeur avec Fortescue. Le groupe australien a manifesté son intérêt à partir de 2018, puis une convention minière a été conclue le 19 août 2022 avec Ivindo Iron, détenue à 80 % par Fortescue et 20 % par l’Africa Transformation and Industrialization Fund, l’État devant bénéficier d’une participation gratuite de 10 % lors de l’octroi futur des licences d’exploitation.

Cette fois, les travaux sont bien réels et leur ampleur ne peut être ignorée. Fortescue indiquait dans ses résultats annuels publiés le 20 août 2026 avoir désormais dépassé 230 000 mètres de forage d’exploration à Belinga. Les informations présentées à Makokou font également état de plus de 1 470 trous de forage à circulation inverse et de plus de 17 500 mètres de forage au diamant. Mais ces chiffres montrent aussi la nature exacte du projet en 2026 : vingt ans après l’accord avec CMEC, Belinga demeure essentiellement dans une phase où il faut encore définir précisément la ressource, achever les études, obtenir les autorisations et arrêter le schéma industriel avant d’engager les investissements nécessaires à une exploitation massive.

Le contraste est d’autant plus frappant que Fortescue n’est pas un junior minier en quête de capitaux. Sur son exercice 2026, le groupe a expédié un record de 201,3 millions de tonnes de minerai de fer, dégagé 8,6 milliards de dollars d’Ebitda sous-jacent et réalisé 3,5 milliards de dollars de bénéfice net sous-jacent. Il disposait de 5,1 milliards de dollars de trésorerie en fin d’exercice et avait investi 3,6 milliards de dollars dans ses activités. Autrement dit, la lenteur de Belinga ne peut être expliquée uniquement par les capacités financières de son développeur. Elle renvoie aussi à la complexité économique du projet : exploiter un gisement aussi enclavé suppose de résoudre simultanément les questions de transport ferroviaire, d’accès portuaire, d’énergie, d’environnement et de rentabilité d’investissements qui se chiffreront nécessairement à très grande échelle.

C’est là toute l’ambiguïté de Belinga pour le Gabon. Le pays possède depuis des décennies l’un de ses actifs miniers les plus prometteurs, mais posséder une ressource et disposer d’une industrie capable de la monétiser sont deux choses différentes. Le précédent chinois l’illustre brutalement : un projet de 3 milliards de dollars annoncé en 2005-2006, accompagné d’une mine, d’un chemin de fer, d’un port et d’un barrage, n’a finalement jamais débouché sur l’exploitation industrielle promise. Fortescue a depuis franchi des étapes concrètes et même réalisé une expédition pilote en 2023, mais l’horizon industriel reste 2030 et demeure conditionnel. Belinga n’est donc plus seulement une promesse minière: c’est aussi le test de la capacité du Gabon à transformer enfin, après deux décennies de projets successifs, un gigantesque potentiel géologique en activité industrielle durable.

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