
Libreville, le 7 septembre 2026 – (Dépêches 241). En 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema voulait transformer les matières premières. En 2026, il veut désormais transformer ceux qui administrent le pays. La comparaison des deux discours prononcés pour la Fête de la Libération montre une évolution significative : la grande ambition industrielle demeure, mais le fonctionnement de l’État apparaît désormais comme l’une des conditions de sa réussite.
Il y a un an, le président détaillait presque un catalogue de produits que le Gabon devrait fabriquer lui-même. meubles à partir du bois, carburants à partir du pétrole, métaux et alliages à partir des minerais, bijoux à partir de l’or, chocolat à partir du cacao, carreaux à partir du marbre et engrais à partir de la potasse. Le raisonnement était limpide. En principe, le pays devait cesser de laisser partir une partie importante de la valeur ajoutée avec ses matières premières.
Cette politique commence à produire des décisions, particulièrement dans le manganèse. Les exportations de minerai brut doivent cesser le 1er janvier 2029 ou 2031 en fonction de la réalite, et plusieurs industriels préparent des capacités supplémentaires de transformation. À Mounana, Nouvelle Gabon Mining construit notamment une unité de quatre fours et le gouvernement indique que le premier doit entrer en service en décembre 2026.
Mais à Makokou, le 30 août 2026, l’administration occupe désormais une place comparable dans le diagnostic présidentiel. Près de 62 % des dossiers examinés dans l’audit de la Fonction publique sont présentés comme irréguliers ; des abandons de poste sont signalés ; le statut des agents doit être révisé et les carrières davantage fondées sur le mérite et la qualité du service. Dans les hôpitaux, les recettes doivent être mieux tracées. Pour les prêts aux entrepreneurs, les contrôles doivent être renforcés.
Le changement est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Une usine peut être construite ; encore faut-il délivrer les autorisations, produire l’énergie, aménager les infrastructures, contrôler les opérateurs, collecter les impôts et suivre les engagements. En faisant de l’administration un nouveau chantier de la « Libération », Oligui Nguema reconnaît finalement une réalité économique élémentaire : le Gabon pourra difficilement transformer durablement ses matières premières s’il ne transforme pas en même temps l’État chargé d’organiser cette industrialisation.







