
Libreville, le 15 octobre 2026-(Dépêches 241) Dans un document visiblement officiel, publié sur la page de l’activiste gabonaise Princesse de Souba, il est inscrit que l’ancien procureur général près la cour d’appel de Libreville, Eddy Narcisse Minang, aurait restitué à la Direction centrale des affaires financières du ministère de la Justice, la somme de 80 108 395 francs CFA, correspondant au reliquat des fonds alloués aux sessions criminelles qu’il avait organisées. Cette restitution serait intervenue à la suite de son audition par l’Inspection générale des services judiciaires. La révélation intervient alors que l’ancien haut magistrat a été radié de la magistrature à l’issue d’une procédure disciplinaire, confirmée lors du dernier Conseil supérieur de la magistrature présidé par le chef de l’État. Dans ces circonstances, une question se pose : sans cette procédure de contrôle, ces fonds auraient-ils été restitués aux services financiers de la Justice ?
Le 25 août dernier, plusieurs magistrats de haut rang ont été convoqués devant une formation disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature. Parmi eux figurait Eddy Narcisse Minang, dont le nom apparaissait sur deux listes distinctes. Une situation qui, si elle ne préjuge pas de la nature ni de la gravité des faits reprochés, témoigne de l’existence de plusieurs dossiers disciplinaires le concernant.
Selon des informations rapportées par la presse judiciaire, les griefs évoqués auraient notamment porté sur la convocation de l’ancienne directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), ainsi que sur le dossier de l’homme d’affaires gabonais Hervé Patrick Opiangah, qui s’est soldé par un non-lieu. Ces éléments auraient contribué à fragiliser davantage la position de l’ancien procureur.
À l’issue de cette procédure disciplinaire, Eddy Narcisse Minang a été radié du corps de la magistrature. Selon les informations rapportées, il ne se serait pas présenté devant ses pairs pour assurer sa défense. Cette absence a été interprétée par certains observateurs comme une marque de défiance à l’égard de l’institution judiciaire. D’autres estiment qu’il aurait pu anticiper l’issue de la procédure, dans la mesure où il avait déjà été entendu par l’Inspection générale des services judiciaires, puis suspendu à titre conservatoire par le ministère de la justice pour trois mois.
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C’est dans le cadre de ces auditions que l’ancien procureur aurait procédé à la restitution de la somme de 80 108 395 francs CFA, présentée comme le reliquat des fonds destinés aux sessions criminelles. Si cette information est confirmée par les autorités compétentes, elle soulèverait des interrogations légitimes sur la gestion de ces ressources publiques. Pourquoi une telle somme n’aurait-elle été reversée qu’après l’intervention de l’Inspection générale des services judiciaires ? Les fonds avaient-ils fait l’objet d’une demande préalable de justification ou de restitution ? Et, surtout, leur reversement aurait-il eu lieu en l’absence de cette procédure de contrôle ? Autant de questions auxquelles les autorités judiciaires et financières pourraient utilement apporter des réponses.
Ces interrogations sont également alimentées par des informations précédemment diffusées par des activistes de la diaspora gabonaise en France. Ces derniers avaient notamment relayé des bordereaux du Trésor public qu’ils présentaient comme des justificatifs de décaissements effectués au profit de l’ancien procureur. Selon leurs affirmations, les sommes concernées auraient été transférées sur des comptes personnels plutôt que sur ceux de l’institution destinataire. Le procureur avait même reconnu avoir reçu cet argent dans ses comptes, justifiant cela par le fait qu’il devait organiser les sessions criminelles. Là où certains voyaient une forme de détournement de fonds publics, le procureur y voyait un acte de facilitation de ces audiences criminelles.
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Au-delà du cas Eddy Narcisse Minang, cette affaire pose la question du contrôle et de la traçabilité des fonds publics au sein de l’appareil judiciaire gabonais. Si la restitution des 80 108 395 francs CFA est avérée et qu’elle est effectivement intervenue à la suite d’une audition administrative, les circonstances de ce reversement méritent d’être éclaircies. L’enjeu n’est pas seulement de savoir pourquoi cet argent a été restitué, mais également de déterminer dans quelles conditions il a été conservé, géré et finalement reversé.
Il appartient désormais aux autorités compétentes de clarifier les faits, de vérifier les documents évoqués et, le cas échéant, d’établir les responsabilités. Car la crédibilité de la justice repose aussi sur sa capacité à garantir que ceux qui sont chargés de faire respecter la loi rendent eux-mêmes compte de leur gestion des deniers publics.







