
Libreville, 19 octobre 2026-(Dépêches 241). En septembre 2026, l’État gabonais aurait consacré 30 milliards de FCFA aux subventions sur les carburants, selon les informations relayées par nos confrères de directinfosgabon.com. Pourtant, les difficultés d’approvisionnement ont paralysé le pays il y a quelques semaines. Ce contraste interroge l’efficacité d’un dispositif coûteux qui ne garantit pas la disponibilité du carburant dans les stations-service.
La situation de pénurie de carburant qui asphyxie le Gabon, particulièrement Libreville, ne remet pas en question la pertinence du système de subvention gabonais. D’autant qu’elle est présentée comme un moyen de protéger le pouvoir d’achat des populations, quoiqu’elle semble profiter davantage aux consommateurs les plus aisés. Selon les chiffres de la Banque mondiale 96 % des subventions à l’essence et au gasoil bénéficieraient largement à la moitié la plus riche de la population, dans la mesure où c’est elle qui consomme le plus.
La véritable préoccupation se situe dans l’incapacité du pays et ceux qui le gouvernent à prévenir les pénuries et à anticiper les crises. Quand un pays producteur se retrouve incapable prévoir suffisamment de stock de carburant pour ne pas se retrouver en situation de croulé un temps record, c’est pas la subvention qui devrait se trouver au parloir, mais bien l’incompétence de ceux qui gouvernent. Le paradoxe devient alors autrement plus saisissant. D’autant que malgré les sommes mobilisées par l’État, les automobilistes continuent de subir les ruptures de stock. Or, la subvention permet essentiellement de contenir les prix à la pompe. Elle ne résout pas nécessairement les difficultés logistiques, les problèmes de distribution ou la dépendance aux cargaisons importées.
Ainsi, le problème ne saurait se trouver dans la capacité du gouvernement à subventionner les carburants. D’autant qu’il n’y a vraisemblablement pas de lien direct entre les irrégularités d’approvisionnement en carburant et la subvention. La disponibilité du carburant dépend du nombre de tonnes achetées pour alimenter le marché local, son esprit de prévention et d’anticipation, mais surtout des capacités de stockage dont dispose le pays. Alors que la subvention constitue l’aide apportée par l’État pour maintenir les prix du carburant à la pompe.
Vouloir imposer un lien direct entre les deux ne saurait s’apparenter à autre chose que de la démagogie. En revanche, il est nécessaire de se poser ces questions simples mais fondamentales: quels volumes de carburant ont été financés et livrés au pays ? Le Gabon dispose-t-il de capacités de stockage pouvant lui permettre de surmonter une pénurie à longue durée? Existe-t- il un moyen fiable et efficace permettant de contrôler l’ensemble du processus ? La publication de données précises permettrait d’évaluer les résultats et de mieux comprendre les causes des pénuries.
In fine, la crise actuelle met en lumière les limites d’une politique publique dont le coût ne garantit pas les résultats. Si les 30 milliards de FCFA annoncés sont confirmés, le gouvernement ne devrait pas s’en servir pour justifier les carences de carburant, alors que le pays est considéré comme l’un des plus grands producteurs de pétrole du continent. Et au-delà des sommes engagées, les Gabonais attendent avant tout un approvisionnement régulier et une utilisation transparente de l’argent public.







