Gabon: incapables de fournir de l’eau et l’électricité aux populations, la SEEG enregistre des pertes sèches de 42,9 milliards

Alors que les populations se plaignent des services de la SEEG, l’entreprise aurait perdu près de 127 milliards FCFA au fil des années. .© Dépêches 241

Libreville, le 15 Octobre 2026 – (Dépêches 241). La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) traverse une crise financière sans précédent. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2026 et consulté par nos confrères de Gabonreview, l’entreprise a accumulé, au fil des années, des pertes dépassant 127 milliards de francs CFA. Ce gouffre financier serait en grande partie lié aux retards persistants de l’État dans le règlement de ses propres factures d’eau et d’électricité. Une situation qui prive la SEEG des liquidités nécessaires à son fonctionnement et, surtout, à l’amélioration de son rendement au service des foyers gabonais.

À Libreville comme à l’intérieur du pays, les foyers peinent à être alimentés convenablement en électricité et en eau. Les coupures de courant sont devenues monnaie courante, et certains ménages n’ont jamais reçu une seule goutte d’eau depuis leur installation. Face à ces pénuries, des populations se tournent vers le forage de puits, tandis que les plus aisés se font livrer de l’eau. Un paradoxe insupportable : malgré des consommations quasi nulles, les clients continuent de recevoir des factures en hausse.

Les chiffres de l’exercice 2024 confirment l’ampleur du déséquilibre. La SEEG a enregistré une perte nette de 42,9 milliards de francs CFA et affiche désormais des capitaux propres négatifs de 90,7 milliards, signe que ses engagements dépassent la valeur totale de ses actifs. Le rapport mentionne également des pertes cumulées supérieures à 127 milliards. Sur cette base, la Banque mondiale qualifie l’entreprise d’« effectivement insolvable », une formule qui constitue un diagnostic financier sans toutefois annoncer une liquidation judiciaire.

Le rapport décrit une entreprise prise en étau : des coûts croissants, des pertes techniques importantes et des recettes insuffisantes pour compenser l’ensemble. Cette fragilité menace directement la capacité de la SEEG à assurer les services essentiels attendus par les ménages et les entreprises. À la base de cette dérive, le rapport pointe du doigt le manque de volonté de l’État à s’acquitter de ses dettes envers l’entreprise dans les délais prévus.

La situation relève d’un paradoxe presqu’exclusif au Gabon. D’un côté, l’État affiche des ambitions d’investissement massif pour renflouer les caisses de la SEEG et renforcer ses capacités de production, de transformation et de distribution d’électricité et d’eau, dans l’objectif affiché de satisfaire la demande des usagers. De l’autre, la Banque mondiale révèle une société en déficit colossal, incapable d’être rentable, d’investir et de fournir un service de qualité à ses clients. Ces deux discours semblent difficilement conciliables.

Qui a raison ? Qui a tort ? Seuls les autorités de la République et les dirigeants de la SEEG peuvent éclairer l’opinion sur les contours réels de cette crise. En attendant, c’est le quotidien des Gabonais qui paie le prix de cette incohérence : factures en hausse malgré des services défaillants, pénuries récurrentes et perspectives d’amélioration toujours incertaines. 

Le rapport de la Banque mondiale dresse le portrait d’une SEEG asphyxiée, en premier lieu par l’insolvabilité persistante de son principal actionnaire : l’État. Sans un plan crédible de règlement des arriérés, d’assainissement des pertes techniques et de gouvernance transparente, aucun renflouement ne saura durablement redresser la situation. L’enjeu dépasse les comptes de l’entreprise : il s’agit de la promesse même, faite aux Gabonais, de disposer d’un accès fiable à l’eau et à l’électricité.

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