Déprofessionnaliser la D2 pour sauver le football gabonais: L’étrange doctrine de restructuration signée Paul Kessany ?

La restructuration du football gabonais semble prendre des airs d’austérité avec la deprofenalisation de la deuxième division © Dépêches 241

Libreville, le 16 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Après les reports à répétition du championnat national, les querelles institutionnelles et les incertitudes financières qui minent le football gabonais, une nouvelle piste de réforme attribuée au ministère des Sports suscite l’interrogation : retirer à la deuxième division son statut professionnel pour la placer sous la responsabilité de la Fédération gabonaise de football (Fégafoot). Si cette orientation venait à être confirmée, elle poserait une question essentielle : s’agit-il de restructurer le football national ou de réduire les charges de l’État en faisant supporter à d’autres les conséquences de ses propres difficultés budgétaires ? Pour Paul Kessany, ancien capitaine des Panthères et aujourd’hui ministre des Sports, le paradoxe serait cruel : lui qui dénonçait hier le bricolage administratif semble désormais exposé au reproche de vouloir en reproduire les méthodes. 

À défaut de trouver des mécanismes durables pour financer et développer le championnat, on songerait donc à le faire disparaître du paysage professionnel. Quelle avancée pour un football qui prétend se structurer ! Selon les informations il susurre que la D2 serait placée sous la responsabilité de la Fegafoot, au même titre que les compétitions des ligues provinciales. On cherche en vain, dans ce transfert, le moindre mécanisme de développement. On y devine en revanche une logique plus prosaïque, l’État n’a plus les moyens, ou plus l’envie, de supporter une division, et la Fédération en hériterait. La question mérite d’être posée sans détour : en quoi cela réforme-t-il quoi que ce soit ?

La grande réforme pour les petites ambitions 

Le paradoxe est cruel, et il porte un nom : Paul Kessany. L’ancien capitaine de la sélection, qui s’insurgeait hier, avec la véhémence de ceux qui n’ont pas encore à décider, contre le bricolage et les rafistolages administratifs, semble aujourd’hui en reprendre les gestes, une fois installé dans le fauteuil. Le procès qu’il intentait aux autres, il risque de se le voir faire à lui-même. L’opposition est une école de vertu, le pouvoir en est l’examen. Et l’on constate trop souvent que les plus sévères censeurs deviennent, une fois en poste, les plus indulgents avec eux-mêmes.

Faudra-t-il attendre que la FIFA augmente sa cagnotte pour que la Fegafoot finance une deuxième division ? Les ressources destinées au développement du football devront-elles supporter les charges d’une compétition que les pouvoirs publics n’accompagneraient plus ? Et surtout, quel avenir pour les clubs, leurs dirigeants, leurs joueurs et leurs encadreurs, qui aspirent légitimement à un environnement professionnel ? 

On ne professionnalise pas un championnat en déprofessionnalisant sa deuxième division. On ne bâtit pas une élite solide en fragilisant l’échelon censé l’alimenter. Une pyramide dont on sape l’étage inférieur ne rapproche personne du sommet.

Faute de moyens, le ministère veut-il supprimer le problème plutôt que le résoudre ?

Au fond, et il faut se le dire en vérité, le football gabonais n’a pas besoin d’une réforme déguisée qui déplace les responsabilités, mais d’une politique qui les assume. Si la raison est financière et si la D2 coûte chère, il faut ouvrir le débat sur son financement, ses recettes, son organisation et les obligations respectives de l’État, de la Fegafoot et des clubs. Si son modèle professionnel est défaillant, il faut en corriger les mécanismes, non en effacer le statut sans démontrer qu’une solution meilleure existe. 

Un dirigeant qui a le courage de ses contraintes force le respect parce qu’il affronte le problème, explique ses arbitrages, propose un calendrier et des garanties. Se cacher derrière le vocabulaire de la restructuration pour habiller une économie budgétaire chancelante est une faute de méthode, et presque une indélicatesse envers ceux qui ont consacré leur vie à ce sport. 

La véritable question adressée à Paul Kessany est donc simple : veut-il laisser au football gabonais une architecture plus solide ou simplement une facture moins lourde pour le ministère ? Un ancien capitaine devrait savoir qu’on ne gagne pas un match en supprimant un poste de jeu. Et qu’en matière de gouvernance sportive, le courage consiste moins à faire disparaître les problèmes qu’à leur apporter des réponses durables.

Le football gabonais, déjà devenu un champ de bataille de règlements de comptes et de coups bas, mérite mieux qu’une réforme qui ne dit pas son nom. À défaut de projet, qu’on lui épargne au moins le déguisement. 

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