Agrément, Task Force et Subventions: Jusqu’à quand le National Foot sera t-il otage des incohérences administratives ? 

Invoquer les agréments sans répondre aux interrogations sur les lenteurs administratives et les financements attendus, est-ce suffisant pour justifier un nouveau report ? © Dépêches 241

Libreville, le 14 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Le 10 octobre, puis le 24 octobre, et désormais le 14 novembre 2026, le coup d’envoi du National Foot ressemble à un rendez-vous que le football gabonais ne parvient jamais à honorer. Dans son communiqué du 12 octobre, la LINAFP a invoqué les exigences de la Task Force et la délivrance des agréments techniques pour justifier la suspension de la saison. Mais cette explication appelle une question embarrassante à l’endroit du ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany. Comment faire aujourd’hui de ces documents une condition incontournable lorsque leur délivrance a précisément constitué, durant la saison écoulée, l’un des principaux points de friction entre sa tutelle et les acteurs du football ? Pendant que les dates glissent, les clubs engagent leurs ressources, les joueurs s’épuisent à attendre et l’État, lui, demeure attendu sur ses engagements financiers.

Il semble plus difficile d’invoquer aujourd’hui l’impératif des agréments techniques sans revenir sur la manière dont la tutelle a géré ce dossier au cours de la saison précédente. Des clubs et des ligues ont achevé leurs compétitions sans disposer des documents attendus, alors même que le ministère de l’Intérieur avait délivré les récépissés nécessaires à leur régularisation. 

Dans une enquête publiée le 3 juillet 2026, notre rédaction avait déjà dénoncé les lenteurs du ministère des Sports et le caractère tardif des exigences relatives aux polices d’assurance, alors que les documents présentés lors du dépôt des dossiers étaient, selon les éléments rapportés, encore valides. Le paradoxe est saisissant : des compétitions ont pu se dérouler, puis s’achever, avant que l’expiration des assurances couvrant la saison écoulée ne devienne un motif de blocage administratif. 

L’agrément, cette exigence devenue embarrassante. 

Que l’on exige des ligues et des clubs une couverture d’assurance valable pour la saison à venir, cela relève du bon sens et de la responsabilité. Mais reprocher à une structure l’expiration d’une police souscrite pour une saison terminée, sans lui avoir permis d’achever à temps la procédure de délivrance de son agrément, revient à enfermer l’administré dans une impasse dont il ne maîtrise pas toutes les clés. 

Il faut le dire sans ambage et sans tergiversation, le procédé frise le contresens administratif. On réclame un document, on retarde la régularisation qui permet de sécuriser l’ensemble du dispositif, puis on brandit l’irrégularité comme obstacle. 

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Il y avait d’abord le 10 octobre. Puis le 24. Voici désormais le 14 novembre, date annoncée qui reste suspendue à la résolution des difficultés en cours. Entre ces échéances successives, les clubs n’ont pourtant pas mis leur activité en pause. Pour préparer la saison, plusieurs ont recruté, fait signer des contrats, engagé des joueurs et, dans certains cas, versé des primes de signature à des recrues étrangères. 

Des dates qui changent, des engagements qui coûtent 

Une préparation sportive ne se décrète pas à la veille du premier match, elle se construit, se contractualise et se finance en amont. Or, à une semaine de la reprise initialement prévue le 10 octobre, les clubs n’avaient toujours pas reçu de versement de l’État au titre de la nouvelle saison, selon les informations rapportées. Qui assume alors le coût de ces reports ? Qui prend en charge les salaires, les primes, les déplacements, l’hébergement, l’encadrement technique et les autres dépenses engagées sur la foi d’un calendrier officiel ? Certainement pas les communiqués. Ce sont les dirigeants qui puisent dans leurs ressources propres, sollicitent leurs partenaires ou accumulent les charges dans l’espoir que la compétition finira par démarrer. 

La situation est d’autant plus préoccupante que, le 18 février dernier, le ministre des Sports avait annoncé un accompagnement financier pour permettre le lancement du championnat, tout en prévenant que l’État s’engagerait progressivement dans un désengagement des subventions. Cette orientation peut nourrir un débat légitime sur le modèle économique du football professionnel. Elle ne saurait toutefois justifier l’absence de visibilité financière au moment où les clubs doivent précisément engager les dépenses nécessaires à leur participation. 

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Cette succession de reports n’est pas seulement une contrariété de calendrier. Elle est une épreuve économique, humaine et sportive. Pour les dirigeants qui tentent de maintenir leurs clubs à flot, elle confine à l’irrespect car on leur demande de recruter, de préparer des effectifs, de contracter des engagements et de répondre aux exigences administratives, sans leur offrir la stabilité minimale nécessaire à la conduite de leur mission. 

Pour les joueurs, elle signifie une préparation prolongée, des échéances incertaines et une pression physique et psychologique dont les conséquences ne doivent pas être sous-estimées. On ne maintient pas indéfiniment un athlète dans l’intensité de la pré-saison sans perspective claire de compétition. 

Dirigeants silencieux, joueurs éprouvés : qui défend le football ? 

Mais l’interpellation ne saurait s’arrêter au ministère. Où sont les présidents de clubs ? Pourquoi cette parole collective, pourtant indispensable face à des décisions qui engagent l’avenir de leurs structures, demeure-t-elle si peu audible ? Les clubs avaient déjà publiquement interpellé la tutelle, en août, sur des engagements financiers non honorés et sur les retards de délivrance des agréments. Il leur appartient désormais de dépasser les protestations ponctuelles, de documenter leurs préjudices et d’exiger, d’une seule voix, un calendrier opposable, un état précis des dossiers administratifs et des garanties sur le financement.

La régularisation du sport gabonais est une ambition légitime, elle perd cependant sa crédibilité lorsque l’administration semble ajouter de l’incertitude à des structures déjà fragiles. Le National Foot ne peut être suspendu au gré des échéances qui se déplacent, pas plus qu’il ne peut être financé durablement par l’épuisement de ceux qui le font vivre. Il est temps de sortir de cette mécanique où les dates changent, les charges s’accumulent et les responsabilités se diluent. Le football gabonais attend moins une nouvelle annonce qu’une décision claire, des actes vérifiables et une date que chacun aura enfin les moyens de respecter.

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