
Libreville, le 29 Octobre 2026 – (Dépêches 241) Si l’on devait aujourd’hui chercher à savoir ou à comprendre pourquoi notre société en est arrivée là, c’est-à-dire dans un tel état de misère sociale et morale, l’une des principales réponses, à notre sens, consisterait à examiner la modalité à partir de laquelle celle-ci est gouvernée depuis au moins vingt-cinq ans. Cet examen, d’une manière globale, nous conduirait à voir que le chaos social et la perdition morale qui affectent le Gabon résultent de l’invention d’une nouvelle modalité de gouvernance qui n’est, structurellement et pratiquement, ni la démocratie ni la dictature, mais ce que l’on peut objectivement désigner sous la formule de désordonocrature.
Tâchons de clarifier : si, en démocratie, comme on le sait, la voix et les désirs du peuple sont relativement suivis, ce pourquoi le vote, la liberté d’expression et d’entreprise y sont respectés, la dictature, pour sa part, consiste dans le fait de suivre, d’exécuter et de valoriser par la propagande la vision d’un seul, celui qui dirige et croit fermement détenir le monopole de la vérité ou de la recette devant aboutir au bien commun. Si, fonctionnellement, ces deux modalités de gouvernance s’opposent, elles visent au moins intentionnellement une chose en commun : le bien-être de leur population. Il y a donc ainsi, qu’en démocratie comme en dictature, le but ultime est le bien du plus grand nombre. Cela n’est pas le cas de la désordonocrature.
Pour le comprendre, il faut peut-être d’abord la définir. Disons, pour le minimum, qu’une désordonocrature est une société dans laquelle le pouvoir de gouvernance est diffus. Non pas au sens où il appartiendrait au peuple ou au seul groupuscule de dirigeants, mais à toute personne en aptitude de l’avoir par la puissance de la légalité ou le pouvoir de la corruption. De la sorte, dans une telle société, le pouvoir, parce qu’il appartient à plusieurs par voie de mécanisme complexe, finit par se dissoudre dans une incohérence totale qui engendre le désordre effectivement observable.
Et si, dans une désordonocrature, la corruption, l’indécence morale, l’insécurité, l’impunité, pour ne citer que ces quelques maux, finissent par s’établir comme la norme, c’est précisément parce que l’intérêt du bien commun devient la chose la plus absurde à laquelle les individus puissent songer. Chacun, au contraire, à la mesure du pouvoir légal ou de corruption dont il est détenteur, fait le maximum pour tirer son bénéfice personnel de ce à partir de quoi on doit construire le bien commun. Au final, personne ne se préoccupe vraiment, même à minima, de celui-ci. Ce faisant, tous les vices prospèrent et se normalisent dans la conscience collective. L’injure, le mensonge, les pots-de-vin, l’incompétence, la négligence ne sont plus perçus comme des anomalies, mais précisément comme des habitudes qu’il faut intégrer pour normalement habiter la société.







