Akassaga et Moubassango: l’indécence des anciens affidés et obligés d’Ali Bongo, devenus procureur de leur maître d’hier  

Hier au service du système, aujourd’hui à sa barre, le zèle a changé de camp © Dépêches 241

Libreville, le 29 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Ils ont servi, parlé au nom du parti, défendu avec un zèle et une condescendance ampoulés le « distingué camarade président » Ali Bongo durant ces deux mandats. Aujourd’hui que le vent a tourné, Serge William Akassaga et Jo Dioumy Moubassango font la leçon à celui pour qui ils se sont aplatis et avec qui ils ont partagé la table, le prestige et les privilèges. Bilan réclamé avec une diligence tardive pour l’un, sarcasme sur le fantôme du PDG pour l’autre : le spectacle désolant de ces anciens thuriféraires du régime ancien, devenus censeurs de leur maître d’hier, a de quoi indigner une opinion qui n’a rien oublié de leurs turpitudes. 

En politique gabonaise, la loyauté a parfois la durée d’un mandat et la gratitude celle d’une promesse de campagne. Le 20 octobre 2026, Ali Bongo Ondimba a pris la parole sur l’avenir du Parti démocratique gabonais, dialogue, renouvellement, démocratie interne. Le propos pouvait prêter à discussion, et il a été discuté. Mais la discussion a vite changé de nature quand elle a été portée par ceux qui, hier encore, portaient la valise, le micro, la parole officielle et servaient d’obligés pour justifier les dérives du maître des lieux.

Akassaga, l’art de découvrir après la perte des privilèges les vertus de l’exigence politique 

Serge William Akassaga fut secrétaire général adjoint du PDG, puis maire intérimaire de Libreville. Il connaît les couloirs, les serrures et les habitudes de la maison. Invité de l’émission « Ligne rouge » sur TV+ Afrique, il a rappelé qu’aucun retour politique ne se fait sans bilan. L’argument se défend. Soit ! Mais il l’est moins dans la bouche de celui qui a tant profité de ce que ce bilan contient. Pourquoi cette exigence s’éveille-t-elle au moment précis où le pouvoir a changé de mains ? 

LIRE AUSSI:  Gabon: Éloi Nzondo et Serge William Akassaga quittent également le PDG

Cette  interpellation, aussi recevable soit-elle sur le fond, appelle un retour de miroir. Serge William Akassaga n’était pas un simple spectateur des années durant lesquelles le PDG dominait la vie politique nationale. Il est donc permis de lui demander quelle place occupaient ces exigences dans son propre discours lorsqu’il exerçait ses responsabilités. Le droit de critiquer son ancien camp est incontestable, la prétention à s’exonérer de toute interrogation sur son propre parcours l’est beaucoup moins. 

L’acte de naissance : le dossier sur lequel plane l’ombre d’Akassaga que le PDG n’a jamais refermé

On ne peut pas parler du bilan d’Ali Bongo sans évoquer la polémique qui a empoisonné sa candidature de 2009 : celle de l’acte de naissance. Ses adversaires en ont contesté l’authenticité, le camp présidentiel y a vu un procès d’intention, et la candidature a été validée. Cette querelle a durablement marqué la présidentielle et nourri, pour une partie des Gabonais, le sentiment d’une légitimité contestée. Cette même forfaiture au sommet que dénonçait les militaires du 30 août 2023 à leur arrivée au pouvoir. Cette affaire de l’acte de naissance a pesé sur tout l’appareil qui a porté cette candidature, et sur tous ceux qui en étaient alors des cadres.

Le nom de Serge William Akassaga a abondamment été cité dans ce dossier. Il y aurait joué un rôle d’après certaines sources. Mais lorsque lui, ancien cadre du parti réclame aujourd’hui un bilan à son ancien distingué camarade président (DCP), le public peut lui retourner la question : que pensait-il alors de cette candidature qu’il soutenait ? Avait-il un avis, ou ne le découvre-t-il qu’aujourd’hui ? Quel est sa version sur l’affaire de l’acte de naissance ? 

Moubassango, de l’opportunisme et de l’indécence politique 

Dans la même veine , Jo Dioumy Moubassango a répondu à l’ancien chef de l’État, qui disait que le PDG est « un esprit », par cette pirouette : « J’entends partout dire que le PDG serait un esprit. Bien. Le problème avec cette affirmation est que le fantôme est aussi un esprit. » Le mot est joli, il fera des likes mais des likes de quelle nature. Car cette infâme tirade vient d’un ancien conseiller d’Ali Bongo et porte-parole du PDG, la voix qui défendait la ligne du parti devant la presse, quand elle ne la chantait pas, s’autorise l’indécence de l’obligé ingrat qui pour faire plaisir au nouveau maître, crache sur la main qui l’a nourri. 

Les images issues du parti lui-même rappellent ce que fut ce zèle. À l’automne 2016, après l’assaut contre le QG de Jean Ping, Libreville meurtrie, vivait sous tension, et des témoins évoquaient des hommes encagoulés circulant la nuit. Jo Dioumy Moubassango, lui, parcourait la capitale le jour, téléphone en main, pour montrer à l’opinion et à la communauté internationale que le retour à la normale était effectif. Dans le même temps, des familles cherchaient les corps de leurs proches. 

LIRE AUSSI: Partis politiques : Jo Dioumy Moubassango rejoint l’UDIS de Hervé Patrick Opiangah

Qu’il ait voulu rassurer, on peut le concéder. Mais proclamer la normalité devant les caméras pendant que d’autres comptaient leurs peurs, leurs blessés et leurs morts relève de l’indécence politique, voire d’une forme de négation de la souffrance collective, où la mise en scène du retour à l’ordre prend le pas sur la reconnaissance du drame humain.

Une idéologie politique sans substance avec pour seul ambition, le pouvoir 

Son parcours a ensuite pris des chemins sinueux : démission du PDG, ralliement à l’UDIS d’Hervé Patrick Opiangah alors dans les bonnes grâces du CTRI, nommé député de la Transition par ce dernier, avant de prendre ses distances avec l’ancien Ministre des Mines qui s’était opposé au projet Constitutionnel des militaires. 

C’est là, en quelques exemples, que se dévoile toute la matrice politique de Jo Dioumy Moubassango. Celle d’un opportuniste sans véritable ancrage idéologique, d’un transhumant patenté et d’un soldat des heures fastes, toujours prompt à servir les puissants du moment, mais singulièrement absent lorsque vient l’heure des épreuves et de la fidélité aux principes. 

Chez Jo Dioumy Moubassango, la conviction semble céder systématiquement devant l’intérêt, la fidélité devant l’opportunité et les principes devant les privilèges. Une boussole politique vide dont l’aiguille ne pointe jamais vers l’idéal, mais invariablement vers le camp où coule le miel.

Hier avec Ali et le PDG, puis avec Opiangah à l’UDIS, aujourd’hui dans le sillage du nouveau pouvoir : chaque saison a son parti, et chaque parti a eu droit à la même infortune. On peut se demander si ce dévouement va aux idées ou aux fauteuils, et s’inquiéter pour celui qui le compte aujourd’hui parmi ses soutiens. Qui a changé de camp pour son intérêt pourra recommencer. La fidélité d’un tel allié a pour seule mesure la température du pouvoir.

L’indignation des internautes face aux gesticulations des obligées d’hier 

La toile, particulièrement choquée, n’a pas fait de cadeau aux deux hommes. « Les gens qui étaient prêts à lui lécher les pieds. C’est pitoyable quand la honte ne tue pas », a écrit un internaute. Un autre y voit la « parole d’un ancien PDGiste zélé » et estime que « c’est Oligui qui doit avoir peur de ce genre de militant dans son nouveau parti », écrit-il.

Un troisième a fait de la pudeur une vertu : « Parfois se taire est une marque de grandeur. Pour des gens qui ont milité dans ce parti, c’est indécent quand même ! Gênez-vous ! » Un autre encore s’insurge : « Après Akassaga, un autre parvenu ! Ali vous a fait, et vous osez l’ouvrir ? », s’interroge-t-il. 

Louis Léandre Ebobola Tsibah a notamment ciselé une formule qui résume la situation, eu égard à l’attitude des deux hommes : « Un transhumant sans conviction est un danger. Un irrévérencieux sans retenue est une catastrophe. Celui qui change de parti politique comme on change de chemise finira nu. ». La formule est sèche mais elle dit tout.  Jean Valentin Leyama a, pour sa part, invité le président Brice Clotaire Oligui Nguema à se méfier des convictions fluctuantes car en vérité, ces prises de parole semblent plus intéressées que courageuses.

Même appareil politique, même talent pour lire la météo des ambitions, même soudaine liberté de ton : le parallèle entre Serge William Akassaga et Jo Dioumy Moubassango est tentant. Le premier réclame aujourd’hui un bilan qu’il aurait pu exiger hier, lorsqu’il disposait encore des leviers pour le faire. Le second pourfend désormais un fantôme dont il fut naguère l’un des hérauts. L’un découvre tardivement les vertus de l’exigence politique, l’autre semble avoir confondu fidélité et allégeance de circonstance. 

Une leçon pour le nouveau pouvoir et pour Brice Clotaire Oligui Nguéma 

C’est précisément là que Brice Clotaire Oligui Nguema devrait mesurer le danger. Car les hommes qui ont fait de la proximité avec le pouvoir une stratégie de carrière, plutôt qu’un engagement fondé sur des convictions, ne constituent jamais des soutiens véritablement sûrs. Ils applaudissent tant que les intérêts convergent, justifient tant que les privilèges demeurent et se découvrent une conscience critique dès que les vents deviennent contraires.

Le Chef de l’État serait donc bien inspiré de ne pas confondre l’enthousiasme de ses courtisans avec la solidité de ses alliés. Car ceux qui excellent à défendre un homme au sommet sont parfois les premiers à instruire son procès lorsqu’il commence à vaciller.

Akassaga et Moubassango ont naturellement le droit de critiquer Ali Bongo. Mais les Gabonais ont tout autant le droit de leur rappeler d’où ils parlent, au nom de quelles fidélités ils ont longtemps exercé leur influence et quelles vérités ils ont soigneusement tues lorsque la parole libre pouvait coûter plus cher que le silence. 

Au fond, Brice Clotaire Oligui Nguema devrait retenir une leçon élémentaire de l’histoire politique gabonaise. Celui qui a fait carrière en servant un pouvoir sans jamais lui opposer de principes ne devient pas, par la seule magie d’un changement de régime, un homme de conviction. Il change simplement de maître, de discours et de cible. Et lorsque le vent tourne, les girouettes ne préviennent personne, elles indiquent seulement, avec une remarquable constance, la direction du pouvoir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*