Éducation nationale : plus de quatre ans sans renouvellement des chefs d’établissement, un immobilisme volontaire ?

Maintien en poste des chefs d’établissements scolaires depuis près de 5 ans, qui pour répondre ? © Dépêches 241

Libreville. Le 29 octobre 2026-(Dépêches 241) L’absence de renouvellement des responsables d’établissements scolaires depuis près de cinq ans soulève des interrogations au sein du secteur de l’éducation nationale. Directeurs d’école, principaux de collège et proviseurs de lycée : certains seraient en poste depuis trop longtemps, tandis que d’autres auraient déjà atteint, voire dépassé, l’âge légal de départ à la retraite. Une situation préoccupante qui alimente les soupçons de favoritisme et de clanisme au sein de ce département ministériel, sous la gestion de l’ancienne ministre Camélia Ntountoum Leclercq.

Selon certains observateurs et autres acteurs du secteur de l’éducation nationale, aucun changement significatif n’aurait été opéré à la tête des établissements scolaires du Gabon depuis près de cinq ans. À force de durer, ces fonctions semblent être devenues, pour certains responsables, de véritables chasses gardées. Pour des raisons qui restent à éclaircir, l’ancienne ministre Camélia Ntoutoum Leclercq n’aurait pas engagé de renouvellement notable des équipes dirigeantes. Une situation qui interroge sur les critères de maintien en poste et sur la place accordée au renouvellement des compétences dans la gestion des établissements scolaires.

Des postes de responsabilité devenus des chasses gardées ?

Certes, parmi ces nombreux responsables, certains ne ménagent aucun effort pour démontrer leurs compétences, leur sens des responsabilités et leur engagement en faveur de la formation de la jeunesse gabonaise. Quand d’autres, en revanche, se seraient parfois illustrés par l’arrogance, l’ingratitude ou l’égoïsme, Or, l’expérience montre qu’un séjour excessivement long à un même poste peut favoriser la routine, affaiblir la capacité d’innovation et peut installer un sentiment de prééminence difficilement compatible avec une administration dynamique. Quelle que soit la qualité de la formation ou l’étendue des compétences d’un responsable, le renouvellement des équipes peut contribuer à prévenir l’immobilisme et à ouvrir des perspectives à d’autres profils.

Plus préoccupant encore, certains responsables auraient atteint, voire largement dépassé, l’âge de départ à la retraite. Dès lors, une question légitime se pose : comment expliquer l’absence de renouvellement notable à la tête des établissements scolaires depuis toutes ces années ? Un système de favoritisme entre copains, coquins et proches aurait-il fini par prendre en otage le ministère de l’Éducation nationale ? L’ancienne ministre a-t-elle contribué, directement ou indirectement, à la consolidation d’un tel système, ou cette situation relève-t-elle de mécanismes administratifs qui lui échappaient ? En l’absence d’éléments, seules les autorités compétentes pourront y répondre. 

Intérimaires, retours de stage : le flou persiste dans la gestion des postes

Cette absence de renouvellement soulève également des difficultés dans le fonctionnement quotidien des établissements. Certains seraient dirigés par des intérimaires, les titulaires étant en stage de formation. Tout se passerait comme si ces derniers devaient automatiquement retrouver leurs fonctions à leur retour, sans qu’une évaluation transparente des besoins et des compétences disponibles soit nécessairement mise en avant. 

Une telle situation risque de limiter les possibilités d’évolution professionnelle d’autres enseignants, pourtant désireux d’assumer des responsabilités administratives. Les fonctions de censeur, de directeur des études et de chef de base pédagogique seraient également concernées par ce manque de lisibilité. Il appartient donc au nouveau Ministre de clarifier les règles de nomination, de remplacement et de réintégration, afin de mettre un terme aux incertitudes qui entourent la gestion des ressources humaines du secteur.

Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba attendue sur le chantier du mérite et de la transparence

Quoi qu’il en soit, l’arrivée de la nouvelle ministre de l’éducation nationale, Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba devrait constituer l’occasion de remettre à plat cette organisation. À moins que les mécanismes qui favorisent le maintien de certains responsables en poste ne soient suffisamment enracinés pour résister aux changements à la tête de ce département ministériel. Le nouveau ministre sera donc particulièrement attendu sur ce dossier, et chacune de ses décisions sera scrutée. Car il serait difficilement acceptable que, dans un secteur aussi stratégique et alors que de nombreux enseignants disposent de compétences susceptibles d’être mises au service de l’administration scolaire, certains postes demeurent durablement occupés sans que les critères de maintien ou de remplacement soient clairement établis.

Au-delà de la question des personnes, c’est celle de la gouvernance du système éducatif gabonais qui se trouve posée. Le nouveau ministre dispose ainsi d’une occasion de rétablir la transparence, de valoriser le mérite et de garantir une meilleure mobilité professionnelle au sein de l’Éducation nationale. Il lui revient désormais de démontrer que les postes de responsabilité dans les établissements scolaires ne constituent ni des privilèges acquis ni des propriétés privées, mais des fonctions au service de l’école gabonaise et de l’avenir de sa jeunesse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*