
Libreville, le 2 novembre 2026-(Dépêches 241). La guerre semble définitivement déclarée entre l’actuel chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, et son prédécesseur, Ali Bongo Ondimba, déchu du pouvoir depuis le 30 août 2023. En cause, alors que l’ex-président accuse, sans le citer, le numéro un gabonais d’entretenir le flou et la division au sein du Parti Démocratique Gabonais (PDG), ce dernier, à défaut de nier l’accusation, a convié l’ensemble des instances dirigeantes de ce Parti à la Présidence de la République. Une action qui, loin de rassurer, a suscité de l’indignation au sein de l’opinion, allant jusqu’à heurter dans le camp du chef de l’État.
La Présidence de la République a été le théâtre d’une scène inédite dans l’histoire politique du Gabon, il y a quelques jours. En effet, alors que l’actuel chef de l’État, est accusé par l’ancien président Ali Bongo de soutenir et d’entretenir le bicéphalisme au sein du PDG, ancien Parti au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas jugé mieux que de lui répondre, autrement, qu’en convoquant la faction Louembé et consorts PDG au Palais présidentiel. Une posture qui, s’il en était encore besoin, semble avoir dissipé toute possibilité de doute quant à l’idée qu’Oligui Nguema serait effectivement un soutien majeur dans l’entreprise de cette aile du PDG, qui ne semble pas favorable aux tentatives de réconciliation avec le camp resté fidèle à l’ancien chef de l’État.
Si le chef de l’État, en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, de la cohésion sociale et de la stabilité du pays, a effectivement le droit de convier un Parti politique dans les locaux de la Présidence de la République, ce qui horripile l’opinion et de nombreux soutiens du chef de l’État, c’est à la fois le fait d’avoir invité l’ensemble des instances dirigeantes de l’ancien Parti au pouvoir et le caractère inédit de cette situation, que de nombreux observateurs et acteurs politiques du Gabon considèrent comme sans précédent dans le parcours politique du pays. Pire, alors que le Palais Rénovation est considéré comme un lieu éloigné de toute forme de partisanerie, le chef de l’État les reçoit en tunique du PDG. Ce qui a provoqué l’ire de certains analystes, lesquels considèrent que le chef de l’État, en acceptant cet accoutrement, aurait, volontairement ou non, fait de la Présidence une succursale du PDG.
Dans ces conditions, plusieurs interrogations peuvent légitimement se poser : cette invitation de l’aile Louembé au palais présidentiel doit-elle se lire comme une concertation politique ? Ou, au contraire, s’agit-il d’un acte qui aurait définitivement scellé la participation explicite d’Oligui Nguéma dans la crise que traverse le PDG ? Et si, en effet, il fallait considérer qu’il s’agit simplement d’une concertation politique, comment expliquer que le président de la République ait invité toutes les instances dirigeantes de cette faction, au lieu de se limiter à quelques représentants, comme il est de coutume ?
Une chose est sûre : cette invitation ne saurait être anodine. Si elle ne peut pas directement être considérée comme la preuve d’une participation directe d’Oligui Nguema dans la guerre des clans qui embrase actuellement le PDG, elle ne saurait, en aucune façon, être à l’avantage d’Ali Bongo Ondimba et de sa tentative inespérée de réconcilier les deux factions de sa formation politique.
Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines s’annoncent décisives. Car si, en apparence, l’aile Louembé peut se sentir en sécurité, en raison d’éventuelles garanties de collaboration assurées par le chef de l’État, il va sans dire que la faction restée fidèle à Ali Bongo n’a pas dit son dernier mot. D’autant que, dans sa dernière sortie, le président déchu, en août 2023, semblait déterminé à récupérer la direction du PDG. Car, disait-il, « il était prêt à tous les sacrifices ». Reste à savoir ce qu’il entend par l’expression « tous les sacrifices ». La guerre semble ainsi déclarée. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’au-delà des partis politiques et des désaccords partisans qui peuvent surgir entre les hommes, chacun doit savoir raison garder, dans l’intérêt de la stabilité et de la paix du pays.
Au-delà de la rivalité entre Ali Bongo Ondimba et Brice Clotaire Oligui Nguema, cette séquence politique pose la question de la neutralité de la présidence de la République face aux divisions internes d’un parti politique. Si la rencontre avec la faction Louembé ne suffit pas, à elle seule, à établir une implication directe du chef de l’État dans la crise du PDG, elle nourrit néanmoins des interrogations sur la portée politique d’un tel geste. Les prochains développements permettront de déterminer s’il s’agit d’une simple concertation ou d’un signal politique susceptible de peser sur le rapport de force entre les deux camps.
Dans cette bataille pour le contrôle du PDG, l’enjeu dépasse désormais les intérêts des protagonistes : il concerne également la crédibilité des institutions et la capacité des acteurs politiques à préserver la stabilité du pays.







