
Libreville, le 5 mars 2025 – (Dépêches 241). Samedi dernier, sur convocation du Président de la Transition, Chef de l’État, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, tous les membres des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) présents dans le Grand Libreville et leurs épouses ont été conviés à une rencontre au stade de l’amitié sino-gabonaise d’Akanda. L’objectif, apprend-on, pour le Président était de les remercier d’avoir su faire preuve de résilience, d’engagement et de professionnalisme depuis l’avènement du coup d’État d’il y a environ dix-huit mois. Mais son discours de circonstance a plutôt trahi des intentions d’instrumentalisation des Forces Armées Gabonaises, suscitant dès lors une vague d’indignations et de critiques acerbes au sein de l’opinion.
Alors qu’on s’approche de l’élection présidentielle qui doit mettre fin à la Transition, l’opinion a été surprise de la convocation des Forces de Défense et de Sécurité, tous corps confus, au stade de l’amitié sino-gabonaise par le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, pour officiellement les remercier de leur professionnalisme et de leur discipline en cette période exceptionnelle de Transition. Curieusement, les remerciements ont tôt fait de céder la place à un discours de campagne électorale.
Le Chef de l’État s’étant, à la stupéfaction de tous, notamment de ses frères d’armes, mué en statisticien patenté, analysant chiffres et pourcentage de l’électorat militaire cumulé aux membres de leurs familles respectives. Une attitude invraisemblable qui n’a pas manqué de délier les langues aussi bien dans les rangs de l’armée qu’au sein de la population et de la diaspora gabonaise. Depuis lors, une question semble cristalliser les débats: le Président de la Transition serait-il en train de vouloir manipuler l’armée à des électoralistes en usant d’elle comme d’un Parti ou d’une association à caractère politique pour le futur scrutin présidentiel ? Rien n’est moins sûr.
Une tentative grossière d’instrumentalisation des Forces Armées Gabonaises ?
Rappelons à toutes fins utiles que la vocation première d’une armée est de défendre le pays à la fois contre les ennemis de l’intérieur et contre ceux de l’extérieur, et comme telle, elle est astreinte à un devoir de neutralité face aux affaires politiques. C’est en ce sens qu’on parle d’armée Républicaine. En conséquence, il est hors de question qu’on veuille la départir de ce rôle sacré, en tant qu’ armée républicaine, pour en faire un vulgaire gadget politique que l’on pourrait manipuler à souhait.
Or, depuis le coup d’État du 30 août 2023, ce qui paraissait n’être qu’un simple doute, semble s’affirmer avec une certaine acuité. Comme un cauchemar duquel on veut absolument se réveiller, parce qu’il ne présage rien de bon, les autorités actuelles seraient plus que jamais déterminées à dépraver la grande muette. Car, l’armée gabonaise qui, il y a encore moins de deux ans, nous avait rendus fiers en déposant Ali Bongo, en tant qu’un des bras séculiers et sacrés de l’État, pourrait inexorablement être en train de se muer en un objet politique dont on se servirait pour organiser des meetings géants à des fins électoralistes.
Quid du caractère Républicain des forces de Défense et de Sécurité ?
Et selon toute vraisemblance, le Président de la Transition aurait déjà fait ses calculs. D’après ses déclarations, les Forces de Défense et de Sécurité et leurs familles compteraient pour environ quatre cents mille électeurs, c’est-à-dire 11 % de l’ensemble de l’électorat national. Il ajoute :« Si on s’y met, on peut peser lourd dans l’échiquier politique ». En voulant transformer l’armée gabonaise en circonscription ou en base électorale, Oligui Nguema serait en train de travestir les valeurs et les principes d’une armée républicaine authentique.
Au regard de ce qui précède, une certaine opinion estime que le Chef de l’État ne cacherait plus son ambition de politiser l’armée. Ainsi, pour tenter de convaincre l’opinion nationale et internationale d’une certaine popularité de son chef, le CTRI semble désormais tout s’autoriser, sans que personne, au sein de la classe dirigeante ne s’en émeuve. Une farce politique que ni Omar Bongo Ondimba, ni son successeur Ali Bongo Ondimba dont l’inconséquence n’était plus à démontrer, ne se sont jamais autorisés.







