
Libreville, le 1er avril 2025 – (Dépêches 241). Dans une récente interview accordée à France 24 et RFI, le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a affirmé que le taux de chômage au Gabon avait baissé de 12% depuis son arrivée au pouvoir. Cette déclaration, qui se veut le reflet d’une politique volontariste en matière d’emploi, ne résiste pourtant pas à l’épreuve des chiffres. En l’absence de données officielles consolidées, les rares estimations disponibles montrent tout au plus une baisse de 4 points de pourcentage, passant de 22% en 2023 à 18% en 2024, loin de la réduction avancée par le chef de l’État. Pis, certaines sources indiquent même un taux de chômage avoisinant les 36,4% en 2023, mettant en doute la méthode de calcul employée par le gouvernement.
L’une des principales mesures mises en avant pour justifier cette prétendue baisse du chômage est le recrutement massif dans la fonction publique, avec l’octroi de nombreux postes budgétaires. Or, cette approche pose une double problématique. D’une part, elle alourdit considérablement les finances publiques dans un contexte budgétaire déjà contraint. D’autre part, elle ne crée pas d’emplois productifs et durables dans le secteur privé, lequel est le véritable moteur d’une croissance pérenne. De plus, aucune donnée fiable ne permet d’évaluer combien de ces postes budgétaires ont effectivement été pourvus et si ces embauches ont réellement absorbé une fraction significative des demandeurs d’emploi.
Des projets inachevés avancés à la hussarde et sans impact claire sur l’emploi
Autre argument avancé par le Président : les grands chantiers d’infrastructure qui auraient généré des milliers d’emplois. Il cite notamment la reconstruction de la Cité de la Démocratie, le projet de la Baie des Rois et divers travaux routiers. Pourtant, ces projets, s’ils ont bien été engagés, sont encore loin d’être achevés et leur impact sur l’emploi reste flou. Le secteur du BTP, par nature cyclique, génère majoritairement des emplois temporaires et précaires, insuffisants pour prétendre à une réduction structurelle du chômage. À cela s’ajoute le fait que nombre de ces travaux sont réalisés par des entreprises étrangères, souvent peu enclines à employer de la main-d’œuvre locale à grande échelle.
L’annonce du bitumage de 1950 Km de route, entre absence de données et affabulation ?
Dans le même entretien, Oligui Nguema a également annoncé avoir construit 1 950 km de routes en béton, béton bitumineux et goudron. Une affirmation qui, une fois de plus, ne repose sur aucune donnée vérifiable. Aucune source indépendante, ni les services compétents du ministère des Infrastructures, ni les bailleurs de fonds impliqués dans les projets routiers du pays, ne corroborent ce chiffre. À titre de comparaison, sous la présidence d’Ali Bongo, la construction de 1 000 km de routes avait nécessité plusieurs années et des financements colossaux. Imaginer que le Gabon ait pu quasiment doubler cette performance en moins de deux ans, sans que cela ne soit documenté par des organismes spécialisés, relève au mieux d’une exagération grossière, au pire d’une pure affabulation et à minima, d’un grossier mensonge.
Une méthode proche des pratiques de l’ancien régime, recyclée et soufflée à Oligui Nguema
Ces déclarations spectaculaires mais difficilement vérifiables s’inscrivent dans une stratégie de communication électorale visant à façonner l’image d’un dirigeant bâtisseur et réformateur. Or, en l’absence de transparence et de données chiffrées incontestables, elles risquent de produire l’effet inverse : alimenter la méfiance et le scepticisme de l’opinion publique. Si des efforts sont effectivement menés pour redynamiser l’économie et lutter contre le chômage, ils doivent être mesurés avec rigueur et transparence, loin des effets d’annonce qui peinent à convaincre face aux réalités du terrain.







