Présidentielle 2025: entre énergie et électrification, les ambitions d’Oligui confrontées à des réalités complexes

Les Présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo pendant la mise en service du réseau d’interconnexion électrique entre le Gabon et la Guinée équatoriale © DR

Libreville, le 5 avril 2025 – (Dépêches 241). Le projet de société du président Oligui Nguéma proclame que « l’accès universel à l’électricité est un droit et un levier de développement ». Il envisage de doubler la capacité énergétique nationale en dix ans, en misant sur l’hydroélectricité, le solaire et la biomasse. Cependant, cette ambition se heurte à des défis majeurs. L’exemple du partenariat avec Karpowership illustre ces difficultés. En mai 2024, un contrat de cinq ans a été signé avec cette entreprise turque pour fournir 250 MW d’électricité via des centrales flottantes. Cependant, en novembre 2024, le ministère de l’Énergie a bloqué la connexion de ces centrales au réseau national, sur ordre présidentiel, mettant en lumière des incohérences dans la gestion du secteur énergétique. 

Il est un fait évident, l’intégration des énergies renouvelables nécessite des investissements conséquents et une planification rigoureuse. Le projet de construction de la centrale à gaz d’Owendo, d’une capacité de 125 MW, dont les travaux doivent débuter en juin, en est un exemple. Toutefois, la dépendance continue aux combustibles fossiles et les retards fréquents dans la mise en œuvre de tels projets soulèvent des questions sur la faisabilité des objectifs affichés.

En comparaison, des pays comme le Rwanda ont réussi à tripler leur capacité électrique en dix ans en combinant micro-barrages, centrales solaires et partenariats public-privé, avec des mécanismes de rachat garantis. Le Gabon pourrait s’inspirer de cette approche modulaire, surtout dans les zones isolées. Cependant, cela implique de renforcer l’Autorité de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARSEE), de simplifier les procédures d’autorisation et de restructurer la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) pour en faire un acteur fiable.

Le projet mentionne également la création d’un « Fonds d’électrification rurale », sans en définir les ressources ni le modèle opérationnel. Une telle structure pourrait être utile si elle s’appuie sur les collectivités locales et la société civile pour identifier les besoins, éviter les doublons et évaluer l’impact réel des installations. Là encore, le diable est dans les détails. Si l’objectif d’électrification universelle est louable, sans un cadre juridique stabilisé, des réformes de gouvernance dans le secteur et des partenariats techniques solides, cette promesse risque fort de se heurter à la réalité d’un réseau vétuste, centralisé et sous-financé.

Enfin, la gouvernance du secteur énergétique reste l’un des maillons les plus défaillants de la transition. Depuis septembre 2023, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) a déjà connu trois directeurs généraux, reflet d’un pilotage erratique et d’une instabilité chronique. Ces nominations précipitées, plus politiques que technocratiques, fragilisent la continuité stratégique et sèment la confusion dans les orientations du secteur. Dans le même temps, le sort de la Gabon Power Company (GPC), bras opérationnel supposé de l’État pour monter des partenariats énergétiques publics-privés, reste flou. 

Plusieurs de ses projets, comme le barrage de Kinguélé Aval ou les centrales solaires régionales, piétinent faute de visibilité sur les financements ou de volonté politique claire. Créée pour incarner une nouvelle génération d’opérateurs publics performants, la GPC est aujourd’hui marginalisée, sans feuille de route lisible ni ancrage institutionnel fort. Le résultat est une cacophonie où coexistent promesses sur papier glacé, projets laissés en jachère, et une administration incapable de fédérer les acteurs autour d’un plan cohérent. Dans ces conditions, parler d’atteindre 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035 relève plus du vœu pieux que d’une stratégie sérieuse.

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