Présidentielle 2025 : la valorisation des ressources voulue par Oligui Nguéma, une Illusion Économique ?

Le projet de Valorisation des ressources du candidat président est-il une illusion économique ? © DR

Libreville, le 7 avril 2025 – (Dépêches 241). L’exploitation et la valorisation des ressources naturelles figurent parmi les axes stratégiques du projet économique du candidat-président Oligui Nguema. L’objectif affiché est de renforcer la souveraineté nationale en maximisant la transformation locale des matières premières, réduisant ainsi la dépendance aux exportations brutes. Cependant, à l’heure où l’État gabonais a racheté Assala Energy pour plus d’un milliard de dollars et s’apprête à finaliser le rachat des actifs de Tullow Oil, une question centrale se pose : ces investissements massifs permettent-ils réellement d’atteindre cette souveraineté tant vantée ou risquent-ils de peser davantage sur les finances publiques ? 

Le Gabon possède d’importantes richesses en pétrole, manganèse et bois, mais le défi majeur reste la transformation locale de ces matières premières. Le projet de société du président de la transition prévoit la création de pôles industriels dédiés à cette transformation. Dans le secteur pétrolier, cet engagement se heurte déjà à une dure réalité : les récents échecs d’Assala Energy en exploration et la baisse attendue de sa production en 2025 montrent que la rentabilité du secteur est loin d’être acquise. Si le gouvernement ambitionne de faire du Gabon un acteur clé du raffinage et de la transformation locale des hydrocarbures, encore faut-il que la production suive, ce qui, pour l’instant, semble compromis. 

Un autre enjeu majeur réside dans la capacité de l’État à assurer une exploitation durable et respectueuse de l’environnement. Les autorités affirment vouloir renforcer les contrôles et imposer des normes strictes aux industries extractives. Pourtant, l’exemple du pétrole montre un décalage entre les annonces et la réalité. Le Gabon continue de dépendre de multinationales et de trading companies comme Gunvor, qui ont facilité le rachat d’Assala Energy. Dans ces conditions, le pays dispose-t-il réellement des leviers nécessaires pour réguler efficacement ce secteur et imposer ses propres règles aux investisseurs étrangers ?

Sur le plan fiscal, le projet de valorisation des ressources naturelles prévoit un cadre incitatif pour attirer les industriels et encourager la transformation locale. Toutefois, dans le secteur pétrolier, la pression budgétaire pourrait conduire à des concessions fiscales excessives aux nouveaux opérateurs, limitant ainsi les gains pour l’État. De plus, les risques de fraude et d’évasion fiscale restent une menace constante. Comment garantir que ces ressources bénéficieront effectivement à l’économie nationale et ne serviront pas uniquement à amortir des investissements hasardeux ? 

Enfin, l’intégration régionale est présentée comme un levier essentiel pour maximiser la valorisation des ressources gabonaises. Mais en matière pétrolière, le pays peine à s’imposer face à des voisins comme l’Angola ou le Congo, mieux structurés et plus compétitifs. L’absence d’une stratégie claire de développement des infrastructures de raffinage et de distribution limite le potentiel d’exportation de produits transformés vers le marché régional. Si le Gabon veut véritablement s’imposer comme un acteur clé dans la transformation locale des ressources, il devra revoir en profondeur sa politique énergétique et industrielle. 

La valorisation des ressources naturelles est une ambition légitime pour le Gabon, mais sa mise en œuvre semble aujourd’hui entravée par des choix stratégiques discutables, notamment dans le secteur pétrolier. L’État a-t-il réellement les moyens de ses ambitions, ou est-il en train de s’enfermer dans une dépendance accrue aux capitaux étrangers et aux fluctuations du marché ? La souveraineté économique ne se décrète pas, elle se construit avec une vision de long terme et une gestion rigoureuse des ressources. Pour l’heure, le pari reste incertain. 

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