Gabon: sollicitation de plus de 370 milliards en 2025, un eurobond à hauts risques dans un climat d’incertitude

Le gouvernement s’apprête à solliciter les marchés financiers internationaux à travers l’émission d’un Eurobond d’un montant estimé à 370 milliards de FCFA en 2025 © DR

Libreville, 28 avril 2025 – (Dépêches 2025). Face à la frilosité du marché régional qui vient d’ignorer une souscription en raison d’une certaine de forme de méfiance vis-à-vis de la gestion gabonaise, le gouvernement s’apprête à solliciter les marchés financiers internationaux à travers l’émission d’un Eurobond d’un montant estimé à 370 milliards de FCFA en 2025. C’est ce que révèle la stratégie d’endettement sur la période sous revue publiée par la direction générale de la dette (DGD). Cette opération revêt pourtant un caractère périlleux. Dans un contexte où les taux d’intérêt mondiaux sont en forte hausse, où le risque souverain africain est jugé élevé, et où le Gabon est en perte de crédibilité sur les marchés, cette émission apparaît davantage comme une manœuvre risquée que comme une opportunité de développement maîtrisé. 

Les Eurobonds sont, par nature, des instruments coûteux. Les investisseurs internationaux qui souscrivent à ces obligations exigent un rendement élevé pour compenser le niveau de risque auquel ils s’exposent, notamment dans des pays à gouvernance fragile ou instable. Pour le Gabon, cela signifie qu’un taux d’intérêt particulièrement élevé devra être consenti, grevant à long terme le service de la dette qui est déjà élevé. Cette dynamique place une pression supplémentaire sur les finances publiques, d’autant plus préoccupante que les projets financés ne garantissent pas, à ce stade, de générer des flux de revenus suffisants pour assurer leur remboursement. 

Le plus grand risque par ailleurs, demeure l’alourdissement de la dette commerciale dans le portefeuille global du pays. Les précédentes émissions d’Eurobonds dans les années 2010, notamment les emprunts de 2013 et 2015, continuent de peser lourdement sur les équilibres budgétaires. Le remboursement de ces dettes absorbe une part importante des ressources de l’État et limite sa capacité à investir dans les secteurs sociaux essentiels. Reproduire la même stratégie sans tirer les leçons des échecs passés reviendrait à approfondir la vulnérabilité budgétaire du pays. 

Dans un contexte international marqué par la volatilité des marchés, la prudence devrait primer. Le recours à des Eurobonds doit rester exceptionnel et strictement encadré par une stratégie claire de remboursement et une utilisation ciblée des ressources. Le Gabon dispose pourtant d’alternatives plus soutenables. Mais, faute de transparence, de bonne gouvernance, et d’un cadre institutionnel rassurant pour les partenaires techniques et financiers, le pays devrait se résoudre à contracter un eurobond qui risque de n’être qu’un nouvel épisode d’une fuite en avant budgétaire à hauts risques. 

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