
Libreville, le 27 Mai 2025 – (Dépêches 241). C’est une doctrine héritée de l’État post-indépendance, et qui s’est imposée au Gabon, sous l’influence du modèle colbertiste et d’une volonté d’émancipation économique: la notion d’État-actionnaire. L’État, via des participations dans tous les secteurs stratégiques, banques, énergie, télécoms, infrastructures, etc, cherchait à contrôler les leviers de développement. Sauf qu’en 2025, cette doctrine a laissé place à un système hybride, souvent inefficace, où l’État possède encore des parts significatives dans de nombreuses entreprises sans en tirer ni dividendes cohérents ni influence stratégique claire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, moins de 20% des entreprises à participation publique ont versé un dividende à l’État, selon des sources internes du ministère des Finances. Malgré une enveloppe annuelle de plus de 100 milliards de FCFA en subventions ou recapitalisations, les retours sont faibles, voire inexistants. L’État continue à financer des entités déficitaires sans visibilité sur leurs performances, dans un climat de mauvaise gouvernance, d’absence de contrôles rigoureux et de nominations politiques déconnectées des logiques industrielles.
Henri Claude Oyima, un discours réformateur face à une rigidité administrative
Depuis son arrivée aux Finances, Henri Claude Oyima affiche une volonté de réforme : rationaliser les participations publiques, exiger la reddition des comptes, et renforcer le rôle de la DGPAR. Le récent communiqué du 16 mai 2025 sur l’obligation de transmettre des documents illustre cette tentative d’instaurer une culture de conformité. Mais derrière ce volontarisme, peu de signaux concrets laissent penser qu’un désengagement structuré de l’État soit amorcé. Les outils d’évaluation du portefeuille, les audits stratégiques et les arbitrages politiques restent limités.
Or, mettre fin à la logique d’État-actionnaire, ce n’est pas simplement céder des parts : c’est aussi remettre en question des réseaux d’intérêts, des postes de direction attribués à titre de récompense politique et un mode de gestion fondé sur la rente. De nombreuses entreprises publiques servent aujourd’hui d’amortisseur social ou de levier d’influence. Toute volonté de privatisation ou de retrait de l’État se heurtera sans aucun doute à une résistance interne forte, sauf à engager une réforme d’ensemble incluant les règles de gouvernance, les critères de performance et la transparence des bénéficiaires finaux.
De par son passif, Oyima pourrait être l’homme de la rupture. Expert reconnu, soucieux d’efficacité, il dispose d’un capital politique nouveau. Mais en pratique, tant que l’État n’aura pas clarifié ce qu’il attend de ses participations et de ses SPP, en termes de rendement financier, politique industrielle notamment, le système restera figé. À ce jour, cette clarification n’a pas eu lieu. Et sans elle, la notion d’État-actionnaire, pourtant usée jusqu’à la corde, a encore de beaux jours devant elle.







