Gabon: en pleine promesse de rationalisation des dépenses, l’exécutif gonfle les effectifs de la Vice-présidence, de la Primature et des ministères 

Le Conseil des ministres du vendredi 20 juin 2025 a crée le décret fixant la composition du cabinet du Vice-Président de la République, celui du vice-Président du Gouvernement, et des ministères sectoriels ©ComPrésidentielle

Libreville, le 23 Juin 2025 – (Dépêches 241). Sous couvert de réforme, le pouvoir gabonais poursuit son empilement bureaucratique. En adoptant ce vendredi 20 juin 2025 un décret fixant la composition du cabinet du Vice-Président de la République, celui du Gouvernement, et des ministères sectoriels, l’exécutif vient d’acter la création d’une nouvelle structure lourde, coûteuse et inutilement redondante. Dans un pays où chaque franc CFA est pourtant arraché à des finances publiques exsangues, cette décision ressemble moins à un effort de modernisation qu’à une prime à la duplication institutionnelle.

Derrière les discours sur l’efficacité, ces cabinets comprennent tout le cortège habituel : directeur, directeur adjoint, chef de cabinet, pléthore de conseillers, cellule diplomatique, équipe logistique, personnels administratifs et agents de sécurité. À chaque fonction, son salaire, ses avantages, son parc automobile, ses missions. Rien de nouveau sous le soleil : la fonction publique politique s’enrichit, pendant que les services de base restent à sec. Ce choix confirme une vieille règle non écrite de la vie politique gabonaise : pour un nouveau poste, il faut créer un nouveau train de vie.

Ce qui choque ici, c’est le timing. Le gouvernement promet la rigueur, jure vouloir faire « mieux avec moins », dénonce le poids de la masse salariale, critique l’inefficacité des structures héritées du régime précédent… et dans le même souffle, il accouche d’un organigramme parallèle, sans justification fonctionnelle claire. À quoi servira ce cabinet ? De quoi sera-t-il responsable ? Qui lui rendra des comptes ? Le décret reste muet sur l’essentiel, mais généreux sur la forme.

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Cette décision ouvre aussi la voie à une confusion politique : un Vice-Président avec un cabinet complet devient, de fait, un second pôle d’influence. Derrière le paravent de l’efficacité se cache donc une guerre de territoires administratifs, où chaque autorité cherche à se doter de sa propre armée de conseillers. Résultat : plus de structures, plus de personnel, plus de rivalités… mais toujours pas de meilleure gouvernance.

Dans un pays qui dépense chaque année plus de 60% de son budget dans le fonctionnement de l’administration, ce décret fait figure de provocation. Le Gabon n’a pas besoin d’une réforme cosmétique de l’État, mais d’une purge budgétaire réelle. Ce cabinet, présenté comme technique, est un choix éminemment politique. Et à l’heure du doute sur la sincérité des efforts de transformation, il envoie un message désastreux : la priorité, ce n’est pas le citoyen, c’est la reconduction d’un vieux système de privilèges sous une bannière nouvelle. 

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