
Libreville, le 24 Juin 2025 – (Dépêches 241). Il y a des silences qui pèsent, et des confirmations qui sonnent comme des avertissements. La dernière en date vient de Fitch Ratings, après celle de la Banque Mondiale. L’agence américaine a choisi de maintenir la note souveraine du Gabon à « CCC », un niveau qui reste profondément préoccupant. Dans les faits, le pays est perçu comme extrêmement vulnérable, avec un risque de non-remboursement très élevé, sauf amélioration rapide et substantielle des finances publiques.
Dans son analyse, Fitch met en cause plusieurs fragilités connues mais désormais documentées. Le Gabon fait face à « des tensions accrues sur les liquidités », « un manque de consolidation des finances publiques », et « une accumulation soutenue d’arriérés ». Le ton est politiquement correct, mais la gravité est là. L’agence évoque « des indications d’une volonté hésitante de rembourser la dette commerciale », une phrase qui risque de refroidir durablement les investisseurs les plus téméraires.
Le verdict ne concerne pas seulement les comptes. Il pèse aussi sur la gouvernance, dont les faiblesses nourrissent le doute. Fitch n’y va pas de main morte « Le Gabon se classe au 24e percentile » mondial en matière de gouvernance, pointant « une faible capacité institutionnelle », « une application inégale de l’État de droit » et « un niveau élevé de corruption ». Pour l’agence, le pays obtient un score de « 5 », un des plus mauvais, pour des critères clés comme la stabilité politique, la qualité des institutions ou la lutte contre la corruption. Des fondations fragiles qui limitent lourdement les marges de manœuvre de l’État.
Ce n’est pas un constat isolé. La Banque mondiale tirait une sonnette d’alarme similaire dans son Baromètre économique de la CEMAC. On pouvait y lire que « la qualité de la dépense publique reste préoccupante », que « l’environnement institutionnel demeure marqué par une faible responsabilisation des gestionnaires publics », et que « le système de contrôle interne reste trop poreux pour prévenir les détournements ». Des mots forts, placés noir sur blanc dans un document destiné aux partenaires techniques et financiers.
Face à ces alertes convergentes, difficile de rester indifférent. Ce n’est pas seulement une question de notation ou de jargon économique : c’est l’accès du pays aux financements extérieurs qui est en jeu, tout comme sa capacité à relancer une économie à bout de souffle. Fitch indique d’ailleurs que seule « une amélioration substantielle des recettes », combinée à « un financement extérieur suffisant » et « un assainissement budgétaire crédible », pourrait inverser la tendance. Mais ces conditions sont loin d’être réunies, et le temps joue désormais contre le gouvernement.







