
Libreville, le 4 Juillet 2025 – (Dépêches 241). La rencontre s’est déroulée le 19 juin 2025 à Libreville, presque dans l’indifférence générale. Pourtant, ce jour-là, le conseil d’administration de Pizolub a tiré la sonnette d’alarme devant le ministre du Pétrole. L’entreprise, en cessation de paiement technique, cumule 13 milliards de FCFA de dettes. C’est largement au-delà de la moitié de son capital social. Selon l’article 664 de l’Acte uniforme OHADA, une telle situation exige légalement la dissolution de la société. Mais plutôt que de trancher, l’État tergiverse. Et c’est Hans Ivala, nommé à la tête de Pizolub, qui se retrouve en première ligne.
Nommé à la direction générale de Pizolub en 2024, Hans Ivala ne pilote pas une entreprise en relance, mais une structure lourdement déficitaire, désorganisée, sans vision ni trésorerie. « À – 13 milliards, la société logiquement n’existe plus », a d’ailleurs reconnu Jean Koumbi Guiyedi, président du conseil d’administration de Pizolub, dans un moment de franchise rare. Malgré ce constat, aucune annonce officielle de liquidation ou de restructuration n’a suivi. Le ministre s’est contenté de demander un plan. Comme si un homme seul pouvait réparer, sans moyens, un outil industriel délabré.
GOC, un actionnaire muet et exposé
À l’origine de cette situation, un enchaînement de décisions mal calibrées. En avril 2025, la Gabon Oil Company (GOC) avait absorbé Pizolub avec l’ambition affichée de structurer une filière nationale des lubrifiants. Mais en réalité, aucune recapitalisation sérieuse n’a été opérée, ni réforme de fond. GOC, bras pétrolier de l’État, a ainsi hérité d’une entité en état critique sans jamais en tirer les conséquences comptables. Et aujourd’hui, c’est une entreprise en chute libre qui obère le paysage économique et pétrolier, à l’heure où on parle de souveraineté.
Même si son directeur général Hans Ivala a depuis tenté d’éteindre l’incendie, la situation déficitaire est réelle. D’ailleurs la réaction de ce dernier révèle un profond malaise dans la gouvernance des entreprises publiques : on transfère les pertes à des dirigeants désignés, mais on évite d’assumer politiquement les décisions qui ont conduit au naufrage. Le cas Pizolub ne serait qu’un épisode isolé si l’ensemble du secteur n’était pas traversé par la même opacité stratégique. Depuis le rachat d’Assala Energy en 2024 par GOC, les ambitions du gouvernement de transition paraissent claires sur le papier, mais dans les faits, la stratégie manque de lisibilité, de discipline budgétaire, et de rationalité industrielle. On accumule les acquisitions (Assala, Pizolub, Tullow Oil), sans jamais publier de plan cohérent sur leur gestion, ni rendre compte de leur viabilité financière.
La logique semble être celle d’un État actionnaire qui veut tout contrôler sans se donner les moyens d’auditer, restructurer, ni même décider du sort des entités moribondes. Face aux difficultés de Pizolub, l’État gabonais agit moins en stratège qu’en pompier évitant l’incendie médiatique. Pas de dissolution, pas de mise sous tutelle réelle, pas de fusion avec un autre opérateur. Juste des réunions et des injonctions à bâtir des plans que personne ne finance. Et dans tout ça, entre septembre 2024 et mai 2025, ce sont potentiellement 108 milliards de FCFA qui ont été décaissés au profit de Gunvor.







