
Libreville, le 7 Juillet 2025 – (Dépêches 241). S’il est connu à l’international pour ses frasques sexuelles largement relayées sur la toile fin 2024, c’est pour une affaire bien plus sérieuse que Baltasar Ebang Engonga a comparu devant le tribunal de Malabo, en Guinée-Équatoriale, le lundi 30 juin dernier . Le Don Juan de Malabo est accusé de détournement de fonds publics.
Avant que sa réputation ne soit entachée, Baltasar Ebang Engonga incarnait la lutte contre le blanchiment en Guinée-Équatoriale. Ce haut fonctionnaire était Directeur général de l’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF).
Le principal acteur de la lutte contre le blanchiment soupçonné de malversations financières
L’ANIF est l’organisme public chargé de la lutte contre la criminalité financière en Guinée-Équatoriale. Elle occupe une position centrale dans la lutte contre le blanchiment d’argent. Lorsqu’elle reçoit des déclarations de soupçon de la part d’institutions financières du pays telles que les banques, compagnies d’assurances, notaires, casinos, etc., elle examine ces informations pour identifier d’éventuelles opérations suspectes. Les dossiers les plus préoccupants sont ensuite transmis aux autorités judiciaires compétentes pour engager d’éventuelles poursuites contre les personnes mises en cause.
Ce 30 juin 2025, c’est l’ancien Directeur Général de l’ANIF, détenu à la prison de Black Beach depuis septembre 2024, qui comparaît devant le juge pour des faits de détournement de fonds publics. D’après les accusations du parquet équato-guinéen, l’ex-dirigeant de l’ANIF aurait organisé, en collaboration avec des complices, le transfert de sommes conséquentes vers des comptes bancaires à l’étranger. Bien que le montant exact de ces opérations reste encore à déterminer, le Parquet évoque un préjudice s’élevant à plusieurs millions de francs CFA.
De son côté, la défense critique une instruction biaisée, marquée par des « accusations excessives » et un dossier qu’elle juge « lacunaire ». Les avocats de l’ancien haut fonctionnaire mettent en avant le fait que plusieurs éléments ont été interprétés sans preuves concrètes établissant formellement la culpabilité de leur client. Le parquet a requis jusqu’à 18 ans de prison contre Baltasar Ebang Engonga et certains de ses coaccusés.
La chute d’un proche du Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo
L’affaire Baltasar Ebang Engonga prend une importance singulière en Guinée-équatoriale, car il ne s’agit pas simplement d’un fonctionnaire ordinaire confronté à la justice. Baltasar Ebang Engonga est le neveu du Président de la République de la Guinée-Équatoriale, Son Excellence Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
Sa filiation, classait Baltasar Ebang Engonga parmi les « intouchables » de la République. Pourtant, en novembre 2024, le neveu du Président a été arrêté et placé en détention.
Ce type d’affaires est assez rare en Guinée-Équatoriale ou en Afrique en général où les proches des présidents au pouvoir jouissent souvent d’une forme d’immunité. Ils sont parfois nommés à des postes pour lesquels ils sont en réalité sous-qualifiés et lorsqu’un litige survient, ils réussissent très souvent à se soustraire à l’action judiciaire.
La justice équato-guinéene est-elle devenue impartiale? C’est l’image que renvoie cette affaire. Ce lundi 30 juin 2025, Baltasar était placé sur le même banc que ses coaccusés, revêtu de la même tenue pénitentiaire orange.
En novembre 2024, le Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, lui-même, par décret, a limogé Baltasar Ebang Engonga et ordonné des poursuites pénales contre ce dernier. Par un autre décret présidentiel a été nommé Zenón Obiang Obiang Avomo nouveau Directeur de l’ANIF, un poste qu’il occupait déjà entre 2015 et 2019.
Si pour une grande partie de la population, il ne s’agit en réalité que d’un règlement de comptes interne, il n’en demeure pas moins que l’affaire Baltasar, dont le verdict est attendu, semble déjà illustrer une justice à la fois indépendante et partiale.







