Gabon: en pleine tourmente de l’affaire Becuna et accusée de négligence mortelle, Perenco renforce son partenariat stratégique avec la GOC

Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu ce 30 juin 2025 le Président de Perenco, M. François Perrodo, venu faire le point sur les activités du groupe au Gabon

Libreville, le 9 Juillet 2025 – (Dépêches 241). C’est une rencontre qui ne passe pas inaperçue. Le 30 juin 2025, alors que le groupe pétrolier Perenco est toujours sous le feu des critiques dans l’affaire Becuna. L’explosion survenue en mars 2024 sur l’une de ses plateformes offshore ayant causé la mort de six employés. Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu François Perrodo, président du groupe, pour une audience stratégique à la présidence. Objectif affiché : faire le point sur les activités de Perenco au Gabon et consolider la coopération avec la Gabon Oil Company (GOC).

Cette rencontre intervient dans un contexte de forte pression médiatique et judiciaire. Un rapport accablant publié en mai 2025 par l’Environmental Investigation Agency (EIA) met directement en cause la responsabilité de Perenco dans la tragédie de Becuna. Selon ce document, l’explosion aurait été précédée d’incidents techniques majeurs ignorés par la hiérarchie, et des dispositifs de sécurité essentiels faisaient défaut. L’ONG dénonce également une « culture d’entreprise toxique » imposant une pression excessive sur les équipes, au détriment de la sécurité.

Malgré cette affaire qui ternit gravement l’image de l’opérateur franco-britannique, Perenco reste un acteur central dans le dispositif énergétique du Gabon. François Perrodo a ainsi présenté au chef de l’État les résultats 2024 de son groupe, marqués par une intensification du forage, notamment dans les champs matures exploités en synergie avec la GOC. « Nous avons fait le point sur nos activités, notamment l’intensification du forage au cours de l’année écoulée. Le chef de l’État s’en est félicité, tout en nous exhortant à aller plus loin dans l’exploration », a déclaré François Perrodo à l’issue de l’audience.

Cette volonté d’approfondir la collaboration avec l’État gabonais et la GOC pourrait être perçue comme une tentative de redorer l’image du groupe, mais elle pose aussi une autre question. Jusqu’où l’exécutif est-il prêt à aller pour maintenir l’attractivité du secteur pétrolier, y compris au prix d’une certaine complaisance vis-à-vis des géants industriels mis en cause ? Alors que les familles des victimes attendent toujours des réponses concrètes et que les ONG multiplient les appels à des sanctions exemplaires, le dialogue entre Libreville et Perenco semble s’inscrire dans une logique de stabilisation économique plus que de reddition de comptes.

Pour rappel, cette audience intervient quelques jours à peine après l’audition du ministre du Pétrole Sosthène Nguema Nguema devant les députés au cours de laquelle il a rappelé sans sourciller « les parties ont convenu de résoudre le problème à l’amiable par le biais des protocoles d’accord dont l’Etat s’est assuré, lors de leur élaboration, que les intérêts des familles des victimes sont garantis » avant d’ajouter que « sur les cinq familles africaines concernées par les protocoles d’accord, une seule n’a pas signé son protocole d’accord, du fait d’une incompréhension entre ses ayants droits ». 

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