
Libreville, le 9 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Le porte-parole de la Présidence, Théophane Nzame Nzé Biyoghe, a livré ce vendredi 4 juillet 2025 un discours soigneusement calibré, où la transformation du Gabon se décline en grandes phrases et en projets pharaoniques. Mais derrière cet emballage rhétorique, se cache une réalité bien plus nuancée, voire contradictoire.
On nous parle d’un État au service de chaque Gabonais, mais la liste des projets annoncés ressemble davantage à une exposition de promesses destinées à impressionner qu’à répondre aux urgences quotidiennes. La création d’un Data Center national et la formation de 1 000 jeunes aux métiers du digital sont certes louables, mais restent pour l’instant des gouttes d’eau dans un océan où l’accès à Internet reste un luxe pour beaucoup. Quant à la souveraineté numérique vantée, elle semble surtout servir à justifier des partenariats internationaux qui, derrière les beaux discours, pourraient bien renforcer la dépendance technologique plutôt que l’indépendance.
Des projets infrastructurels ambitieux mais seront-ils durables ?
Les infrastructures routières, présentées comme des leviers de développement, méritent un regard critique. La route Ntoum–Cocobeach, avec ses 100 milliards de FCFA, est un projet colossal, mais combien de temps faudra-t-il avant que cette route ne devienne un simple décor pour photos officielles, faute d’entretien durable ? La route Alembe–Mikouyi, censée offrir une alternative au rail vétuste, traverse un parc inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. La promesse de mesures environnementales strictes sonne comme un refrain bien rodé, alors que les risques de dégradation écologique sont loin d’être écartés.
Un développement urbain sur les larmes et la tristesse des populations
Sur le plan urbain, le réaménagement de Plaine Orety est présenté comme un modèle de transparence grâce à une commission spéciale. Pourtant, cette « rigueur » se heurte à la réalité des populations déplacées ou affectées, souvent laissées dans l’ombre des décisions prises « en haut lieu ». La rationalisation des finances publiques, évoquée à grands traits, masque mal la persistance d’une gestion opaque et d’un usage contestable des ressources.
Une institution judiciaire qui vacille sous les errements du régime
Le volet judiciaire, quant à lui, révèle toute la complexité d’un pouvoir qui réclame justice tout en maniant la communication avec une habileté déconcertante. La réponse à la dénonciation d’actes de torture par Sylvia Bongo Ondimba et Noureddin Bongo Valentin, réduite à une « stratégie de diversion », illustre bien la tendance à minimiser les critiques gênantes et à instrumentaliser la justice pour asseoir une légitimité fragile. Les graves chefs d’inculpation sont brandis comme un étendard, mais le véritable procès de la transparence et de la responsabilité a été soigneusement esquivé, que dis-je
Une diplomatie agissante certes mais pour quels effets pour les Gabonais ?
Enfin, la diplomatie gabonaise est mise en avant avec faste, entre sommets internationaux et conventions à plusieurs milliards de FCFA. Mais derrière cette vitrine éclatante, la question demeure : ces accords profiteront-ils réellement aux Gabonais, ou ne seront-ils qu’un nouveau chapitre d’une dépendance économique soigneusement maquillée en partenariat gagnant-gagnant ?
L’invitation du Président à la Maison-Blanche, présentée comme une consécration, rappelle surtout que la scène internationale est un théâtre où le Gabon joue sa partition avec soin, parfois au détriment d’un dialogue interne plus sincère et urgent.
Derrière le vernis brillant du discours présidentiel, la transformation promise peine à convaincre pleinement. Le Gabon semble osciller entre grandes ambitions affichées et défis structurels persistants, entre communication maîtrisée et attentes populaires légitimes. Le vrai changement, celui qui touche la vie quotidienne des Gabonais, reste à écrire.







