Gabon: à Washington Oligui Nguema expose ses richesses sans stratégie

Le Chef de l’Etat en séjour à Washington s’est montré très prolixe sur le potentiel du Gabon sans être précis sur la stratégie pour permettre une exploitation optimale des richesses du pays

Libreville, le 11 Juillet 2025 – (Dépêches 241). C’est avec un discours bien rodé que le président Brice Oligui Nguema s’est adressé à Donald Trump ce mercredi 10 juillet 2025. « Le Gabon est un pays riche », a-t-il déclaré fièrement. Mais au-delà des formules, que signifie cette richesse sans cadre de valorisation nationale ? En exposant ses ressources à l’appétit d’ogre américain, le Gabon donne le sentiment de chercher des solutions à l’extérieur, là où la souveraineté véritable commence par des réformes internes, qu’il peine à matérialiser. 

Derrière le discours de façade, la réalité économique révèle de fortes tensions. Le Gabon reste confronté à une série de faiblesses structurelles entre déficit budgétaire, dépendance à l’importation, faible industrialisation, et mauvaise gouvernance dans le secteur extractif. Alors que le dialogue avec les États-Unis aurait pu être l’occasion de négocier sur des bases plus stratégiques en mettant en avant développement d’une industrie locale du manganèse, la construction d’infrastructures à retour d’investissement garanti, ou l’accès préférentiel à des chaînes de valeur technologiques, rien de tel n’a été annoncé.

En effet, ce sommet est jusque-là clairement orienté vers les intérêts géopolitiques américains qui entendent bien contrecarrer l’influence chinoise, sécuriser les approvisionnements critiques, et externaliser les problèmes migratoires. En se prêtant à ce jeu, Oligui Nguéma qui au passage s’est montré « favorable » à une remise du prix Nobel de la paix à Donald Trump, risque de troquer un discours souverainiste pour une posture clientéliste. Le retrait annoncé de l’Usaid et le basculement vers une logique purement privée d’investissement sont autant d’indices à prendre en compte. 

Il faut dire qu’à aucun moment, selon les informations disponibles, le Gabon n’a exigé de contreparties sociales, environnementales, ou technologiques aux projets évoqués. Aucune mention non plus de renforcement de la transparence dans la gestion des minerais ou d’exigences sur la transformation locale. Une souveraineté économique réelle suppose de poser ses conditions. Ici, elle semble absente. Le projet de la Potasse de Mayumba ne créera à terme “que” 375 emplois directs malgré les 300 milliards de FCFA d’investissements annoncés. 

À vouloir séduire Washington sans stratégie claire, le Gabon expose plutôt ses vulnérabilités. L’enjeu ne résidait pourtant pas dans la signature d’accords, mais dans leur contenu, leur réversibilité, et surtout leur contribution au développement autonome du pays. Le sommet de Washington aurait pu être un levier d’affirmation géoéconomique. Il a surtout été, pour le moment, une vitrine d’un souverainisme en trompe-l’œil. La participation du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema au mini-sommet de Washington suscite plus de questions que d’enthousiasme. 

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