
Libreville, le 14 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Le lancement de MOMO e‑tax, fruit d’un partenariat entre la Direction Générale des Impôts et MOOV Money, ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la fiscalité numérique au Gabon. Mais au-delà de la promesse de simplification pour les petits contributeurs et l’informel, se pose une question cruciale : pourquoi confier la collecte des impôts à un opérateur privé, en l’occurrence un acteur de télécommunications majoritairement étranger ? Ce choix soulève des enjeux de souveraineté fiscale, de privatisation des fonctions publiques et de transparence des données.
Cette convention, et c’est un fait, présente tout d’abord un risque de capture de la fiscalité. En confiant une partie de la chaîne fiscale à l’opérateur Moov Money, l’État se prive de contrôle direct sur la collecte et le traitement des données. Cette situation crée une dépendance technique vis-à-vis de l’opérateur étranger, qui peut influencer les conditions d’accès, les coûts, voire les interdépendances entre paiement d’impôt et usage de ses services. C’est exactement le genre de mécanismes soupçonnés de pénaliser les consommateurs lorsqu’une plateforme privée devient l’interface obligatoire des services publics.
Des pays comme le Ghana, l’Ouganda, la Tanzanie ou le Cameroun ont introduit des taxes sur les transactions mobiles, et les résultats ont souvent été défavorables. Ces pays ont tous enregistré une chute significative des volumes de transactions, jusqu’à -38% en Tanzanie ou -24% en Ouganda, avec des conséquences immédiates sur l’inclusion financière et les revenues fiscales. Par ailleurs, ces taxes ont affecté les agents de proximité, parfois mis en difficulté au point de quitter le secteur formel.
En rendant Moov Money incontournable pour le paiement des impôts, le gouvernement gabonais risque de créer un système à effet de plateforme captive. Sans option alternative (banques, portails d’État, autres fintechs locales), les contribuables notamment les plus modestes, pourraient se retrouver piégés dans un écosystème opaque, soumis à des frais imprévus, à une surveillance accrue, et à une dépendance totale à un acteur privé.
C’est une une fiscalité « paresseuse » et inique : comme l’avait analysé Rebecca Enonchong à propos du Cameroun. Ce type de taxe collectée facilement frappe disproportionnellement les plus pauvres, qui portent le poids fiscal le plus élevé. Ce constat est également récurrent : une telle politique peut sembler rentable à court terme, mais compromet la confiance des citoyens et dégrade la justice fiscale. Pire encore, elle pourrait détourner du mobile un public fragile tout l’opposé de l’effort d’inclusion numérique en cours.
Avant de généraliser MOMO e‑tax, l’État devait garantir des contreparties publiques claires : code tarifaire transparent, supervision indépendante, interopérabilité avec d’autres systèmes de paiement, et surtout garantie que MOOV Money ne devienne pas le seul validateur des obligations fiscales. Sans ces pré requis, le Gabon se trouve à la croisée des chemins entre innovation intelligente et privatisation verticale de la fiscalité, aux conséquences potentiellement lourdes pour l’écosystème national







