Gabon: une dette publique à 8567 milliards et un équilibre budgétaire toujours hors de portée

Henri Claude Oyima face à une dette publique qui bouleverse les équilibres et fragilise le tissu économique © DR

Libreville, le 15 Juillet 2025 – (Dépêches 241). À fin juin 2025, la dette publique du Gabon atteint un niveau alarmant. 8567,272 milliards de FCFA. Rien que ça. Ce chiffre, pourtant peu mis en avant dans les communications officielles, illustre l’ampleur d’un déséquilibre qui continue de s’aggraver, en dépit des discours de rigueur budgétaire. Derrière ce montant global se cache une structure de dette de plus en plus lourde, fragmentée, et difficilement soutenable à moyen terme. Un socle qui fragilise l’ensemble du tissu économique, des ménages aux entreprises privées. 

Dans le détail, la dette extérieure représente 4018,687 milliards de FCFA, soit près de la moitié de l’encours. Elle est en partie bien encadrée juridiquement, comme l’a récemment reconnu le Directeur général de la dette, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, mais son service absorbe une part croissante des recettes. La dette intérieure, elle, s’élève à 3279 milliards de FCFA, à laquelle s’ajoutent 1062 milliards de dettes domestiques, 429 milliards de créances issues de la Task Force CTRI, 113 milliards de rappels de solde aux agents publics, et 211,689 milliards d’arriérés envers la CPPF. Un empilement de charges qui pèse chaque jour un peu plus sur l’économie réelle. 

Ce niveau d’endettement n’est pas neutre. Et c’est le plus grave. Il grève les marges de manœuvre budgétaires, décourage l’investissement privé, à un effet pervers sur la courbe du chômage notamment chez les jeunes, et détériore la signature financière du pays. Selon les projections officielles, les charges de la dette représenteront environ 256,8 milliards de FCFA par an sur la période 2026-2028. En parallèle, les dépenses prioritaires, santé, éducation, infrastructures, peinent à suivre. La dette n’est plus un levier de développement. Elle est devenue un outil de refinancement sans stratégie. Un poids. 

Le plus préoccupant, c’est le silence politique entourant cette explosion des dettes intérieures. Aucune mesure claire n’est proposée pour désintéresser les créances sociales ou pour désengorger les arriérés budgétaires. La transition terminée, le gouvernement Oligui Nguema multiplie les annonces fastueuses, logements, chantiers, routes, zones franches, sans jamais expliquer comment ces promesses seront financées dans un contexte de trésorerie sous tension. Le contraste entre la parole politique et la réalité budgétaire devient chaque jour plus flagrant. 

Le Gabon semble aujourd’hui vivre sous la contrainte d’une dette devenue systémique, causée par une addiction nationale voire une frénésie entretenue. Sauf que, tant que la dette intérieure ne sera pas apurée, que les dettes sociales ne seront pas honorées, et que l’endettement ne servira pas exclusivement à l’investissement productif, la croissance restera théorique et la soutenabilité illusoire. La transparence doit commencer par là : dire la vérité sur l’état réel des finances publiques. 

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