Assala Energy : un rachat à 700 milliards qui pèse sur les épaules d’un État sans repères ?

En rachetant Assala Energy en 2024 pour plus de 1,3 milliards de dollars, le régime de transition avait promis une reprise en main souveraine de nos ressources pétrolières © DR

Libreville, le 21 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Le rachat d’Assala Energy en 2024, pour un montant avoisinant les 700 milliards de FCFA, devait symboliser la reconquête par le Gabon de sa souveraineté sur des actifs pétroliers stratégiques. Mais deux ans après l’opération, aucune évaluation sérieuse de cette acquisition n’a été rendue publique. Le silence qui entoure ce rachat alimente les doutes sur sa pertinence économique. Le pays a-t-il acheté un bijou énergétique, ou un actif vieillissant à la rentabilité incertaine ? En l’état, le citoyen ne dispose d’aucun élément pour trancher.

L’opération avait été orchestrée par Gabon Oil Company (GOC) avec le soutien du gouvernement, dans une logique d’État actionnaire ambitieux. Mais la Banque mondiale, dans sa dernière note de conjoncture de juin 2025, alerte sur ce type d’investissement massif mené sans transparence. Ni les modalités de financement, ni les perspectives de rentabilité, ni les impacts budgétaires réels de cette acquisition ne sont clairement documentés. Et surtout, aucun rapport public ne permet d’évaluer l’état réel des gisements ou les revenus générés à ce jour.

Pire encore : le flou règne sur la gouvernance post-rachat. Quelle est la stratégie industrielle pour valoriser les actifs d’Assala ? Quelle coordination avec les autres acquisitions (comme la tentative avortée sur Tullow Oil) ? L’impression d’un empilement de décisions prises dans l’urgence politique domine. Le Parlement, censé contrôler l’action de l’exécutif, n’a jamais été saisi d’une évaluation détaillée. Quant au FGIS, censée assurer la rentabilité des actifs de l’Etat, il reste silencieux et se contente de communiquer sur des résultats globaux, sans jamais distinguer les performances spécifiques d’Assala Energy.

Sur le plan opérationnel, plusieurs experts signalent que les actifs d’Assala ne sont pas de premier ordre, avec des gisements matures et coûteux à entretenir. En l’absence de partenariat technologique clair ou d’investissements massifs pour moderniser les installations, il est permis de douter de la capacité de l’État à maximiser leur potentiel. Ce qui devait être une vitrine pourrait vite devenir un passif. Sans compter que ces investissements massifs grèvent la capacité de l’État à financer d’autres priorités urgentes : éducation, santé, infrastructures.

Le rachat d’Assala était une décision politique forte, mais mal accompagnée sur le plan stratégique et financier. Dans un contexte de déficit budgétaire chronique et de tensions de trésorerie, il illustre les limites d’une politique volontariste menée à l’aveugle. Comme le souligne la Banque mondiale : « Ce n’est pas le rôle de l’État qui est en cause, mais la qualité de sa gestion ». Tant que le Gabon ne mettra pas en place une gouvernance rigoureuse, transparente et centrée sur la performance, ces grands rachats risquent de peser plus qu’ils ne rapportent.

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