
Libreville, le 23 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Ce lundi 21 juillet 2025, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a rencontré les représentants de la société civile mobilisés en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance. Cette réunion intervient dans un contexte marqué par de récentes révélations impliquant l’ancien régime, et a pour objectif de consolider les efforts de lutte contre la corruption et le détournement des fonds publics.
La société civile joue un rôle essentiel dans le débat démocratique, en agissant comme un contre-pouvoir, en relayant les préoccupations des populations. La lutte contre la corruption et le détournement des fonds publics constitue l’un des principaux chevaux de bataille de la société civile. Ce 21 juillet 2025, devant le Président de la République, Oligui Nguéma, la société civile a réaffirmé sa détermination à agir concrètement contre la corruption, à l’échelle nationale comme internationale. Parmi les actions annoncées figure le dépôt imminent d’une plainte au Gabon contre les responsables des détournements de l’ancien régime. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des engagements pris par le pays au titre de la Convention des Nations Unies contre la corruption, dite Convention de Mérida.
La rencontre du 21 juillet a également porté sur le rôle que doit jouer l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF). Les représentants de la société civile ont suggéré de conférer davantage de moyens d’action et d’indépendance à l’ANIF. Une proposition accueillie par Oligui Nguéma, qui a rappelé son engagement à « ne plus laisser les gabonais otages de pratiques mafieuses ».
La société civile : partenaire engagé ou bras masqué d’Oligui Nguéma ?
Le président Oligui Nguéma se veut le symbole de la transparence, de la justice et de la bonne gouvernance. La lutte contre la corruption et le détournement des fonds publics est donc présentée comme l’un des axes majeurs de son action. Même si, au lendemain du coup d’Etat de 2023, de nombreux Gabonais ont exprimé leur déception face à l’absence de poursuites à l’encontre de certains hauts responsables de l’ancien régime, dont ils espéraient qu’ils rendent des comptes pour leur gestion sous Ali Bongo. Après le coup d’État, le chef de l’État a, en effet, épargné plusieurs figures de l’ancien pouvoir, tout en concentrant les poursuites sur Sylvia Bongo, Noureddin Bongo Valentin et leurs proches, qui ont été incarcérés.
Il n’est pas déraisonnable de penser que, si Oligui Nguéma avait réellement eu l’intention de s’en prendre à un Billlie Bi Nze ou à un autre acteur issu de l’ancien système, il l’aurait déjà fait. La pression de la société civile pourrait-elle le pousser à agir en ce sens ? Honnêtement, cela semble peu probable, d’autant plus que le timing de cette rencontre interpelle.
Depuis leur libération, Sylvia et Noureddine Bongo ont engagé un bras de fer juridique médiatique avec les autorités en place, qu’ils désignent comme leurs « bourreaux ». Le 3 juillet dernier 2025, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo ont notamment publié conjointement un communiqué sur leur réseaux sociaux dénonçant les conditions inhumaines de détention dont ils auraient fait l’objet avant et après le coup d’Etat de 2023.
La société civile va-t-elle apporter son soutien à Oligui Nguéma dans cette guerre juridico-médiatique? Ou bien Ona Essangui et ses collègues visent dans leur démarche les anciens barons qui n’ont pas encore été inquiétés ?
L’engagement de la société civile gabonaise contre la corruption et les détournements de fonds publics, un combat de longue haleine ?
L’engagement de la Société Civile de la Vième république contre ce fléau avait déjà même trouvé une oreille attentive sous l’ancien Président Ali Bongo. Bien avant la transition actuelle, le régime d’Ali Bongo avait déjà lancé plusieurs initiatives en ce sens. Un ministère dédié avait même été créé pour piloter ces actions. À sa nomination, le ministre de la Lutte contre la corruption, Francis Nkea Ndzigue, avait donné le ton d’une politique de fermeté : « La récréation est terminée », avait-il averti, promettant que les corrompus, y compris au sein du gouvernement, ne seraient pas épargnés.
Cependant, cette volonté affichée avait rapidement été remise en question. En février 2022, Ona Essangui, un acteur de la société civile dénonçait sur les réseaux sociaux une politique réduite à de simples conférences et consultations avec des cabinets d’audit. « La lutte contre la corruption pour le ministre Nkea se résume à l’organisation des conférences et autres réunions avec les experts et cabinets d’audit. Où est passé l’engagement pris lors de son installation au regard des scandales financiers que le copil citoyen ne cesse de dénoncer sur la gestion des fonds Covid, pour ne prendre que ce cas? » avait-il écrit.
Dans les faits en effet, ces opérations n’avaient pas eu grand succès. Les voleurs de la République étaient protégés par la République. Sous l’ère Oligui on espère que la donne sera différente.







