
Libreville, le 23 Juillet 2025 – (Dépêches 241). La reprise en main des actifs pétroliers d’Assala Energy et le rachat suspendu de Tullow Oil révèlent une stratégie d’État-Actionnaire dont les limites deviennent criantes. Ces opérations, pourtant présentées comme des leviers de souveraineté énergétique, semblent aujourd’hui engluées dans des problèmes de financement. Avec plus de 1800 milliards de FCFA déjà engagés dans des opérations dites stratégiques, le Gabon peine à mobiliser de nouveaux fonds pour conclure ses ambitions. Le cas Tullow, suspendu faute de soutien de Gunvor, montre l’ampleur du décalage entre volonté politique et capacité budgétaire.
En l’absence d’une stratégie de retour sur investissement clairement définie, ces rachats risquent de grever durablement les finances publiques. La Banque mondiale, dans sa note de conjoncture économique de juin 2025, s’inquiète d’ailleurs de cette orientation: « L’accumulation d’actifs sans pilotage financier crédible peut exposer l’État à des passifs incontrôlés ». Pour Assala comme pour Tullow, aucune information précise n’a été fournie sur les modalités de financement ni sur les impacts budgétaires prévisionnels. Cette opacité alimente un climat de défiance économique croissant.
L’opération Assala, bien que finalisée, pèse lourdement sur la trésorerie publique. Son financement par endettement et fonds souverain reste peu documenté, ce qui rend toute évaluation de rentabilité impossible. Dans le même temps, la suspension du rachat de Tullow Oil fragilise la crédibilité de la GOC, qui peine à rassurer les partenaires financiers et à structurer des financements efficaces dans les délais. Libreville se retrouve ainsi piégée entre ambition politique et contraintes financières structurelles.
La Banque mondiale alerte sur l’illusion de maîtrise que donne cette politique d’acquisition tous azimuts. Sans transparence sur les états financiers des sociétés concernées, ni mécanismes de reddition de comptes, ces opérations apparaissent comme des paris risqués sur l’avenir, opérés en dehors de tout cadre stratégique clair. Le FGIS, pourtant pivot de cette stratégie, reste silencieux sur les performances de ces actifs, accentuant les doutes sur la cohérence globale de l’action publique dans le secteur énergétique.
Le Gabon ne manque pas de ressources, mais de vision. À vouloir tout racheter sans disposer des moyens de tout exploiter, l’État s’enlise dans une stratégie de reconquête pétrolière qui, faute d’un cadrage financier rigoureux, pourrait vite se transformer en gouffre. Le cas Assala pèse déjà lourd. Celui de Tullow pourrait n’être que le début d’un engrenage dangereux où la politique prend le pas sur l’économie.







