Oligui Nguema et la valse des bourses d’études : l’art délicat du grand écart politique au Gabon

La décision de suspendre les bourses aux étudiants suivant leurs formations dans l’hexagone, aux Etats Unis et au Canada en plus de poser un problème de légalité soulève des interrogations sur la cohérence de celles-ci ? © DR

Libreville, le 25 Juillet 2025 – ( Dépêches 241). Au Gabon, la scène politique ressemble souvent à un théâtre de masques, mais lorsqu’il s’agit des bourses d’études, le spectacle prend un goût singulièrement amer pour les étudiants. Brice Clotaire Oligui Nguema, habitué des formules tranchantes, scande la vérité « sans filtre », mais à force de déclarations contradictoires, son discours sur les bourses d’études vire à la cacophonie institutionnelle.

Souvenons-nous : en mars, face à des étudiants inquiets de l’Université Omar Bongo, le président s’engageait solennellement à assurer le paiement des bourses universitaires le 10 mars « au plus tard », félicitant l’esprit de responsabilité exemplaire de la jeunesse gabonaise, et se voulant le garant d’un dialogue constructif avec cette même jeunesse. De quoi redonner, brièvement, quelques illusions à des familles lassées par les promesses non tenues, et susciter l’espoir d’une politique éducative ambitieuse et inclusive.

Las ! Quelques mois plus tard, changement de décor : lors d’une visite à la diaspora gabonaise aux États-Unis, Oligui Nguema décrète la suspension pure et simple, dès 2026, de toute bourse d’études vers les États-Unis, le Canada et la France, sous prétexte de rationalisation budgétaire et de lutte contre la fuite des cerveaux. D’où ce revirement subit ? Voilà donc que le Gabon, hier encore fier d’envoyer sa jeunesse se former dans les universités les plus prestigieuses, ferme désormais la porte au savoir  « trop cher »–  quand ce ne sont pas les bénéficiaires eux-mêmes qu’on accuse de désertion pour avoir préféré rester là où leur talent est reconnu. Le message ? « Ils ne reviennent jamais au pays… À quoi ça nous sert de donner des bourses à des Gabonais qui vont rester ici ? Désormais, la donne a changé », a martelé le chef de l’État.

Mais l’argumentation présidentielle ne résiste guère à l’examen. D’un côté, Oligui Nguema présente la jeunesse comme pilier du futur national, cultivant le dialogue, promettant de « travailler main dans la main » pour leur insertion professionnelle. De l’autre, il ferme les frontières de l’excellence académique, s’attaque aux étudiants qui réussissent à l’étranger et préconise finalement d’envoyer la « relève du pays » vers Dakar ou Casablanca plutôt qu’Harvard ou Montréal. Un patriotisme qui sent l’économie de bout de chandelle, masquée sous de grands élans souverainistes.

L’incohérence est frappante : comment croire au récit d’un président soucieux de la jeunesse et de l’excellence éducative, alors que les choix politiques témoignent d’un retrait progressif de l’État vis-à-vis de son rôle d’ascenseur social ? Surtout quand, dans le même temps, la Première Dame s’illustre par le lancement de nouveaux programmes de bourses médicales pour une élite triée sur le volet. La sévérité affichée à l’égard des uns contraste singulièrement avec l’empressement de gratifier d’autres profils jugés plus « stratégiques » pour l’image du pays.

À force de marteler l’argument de la « fuite des cerveaux », Oligui Nguema élude la question de fond : si la jeunesse ne revient pas, n’est-ce pas d’abord parce que le Gabon ne crée pas l’environnement propice à son retour ? L’obsession du contrôle budgétaire n’efface pas l’urgence d’une réforme profonde de l’enseignement supérieur ni la nécessité d’un État qui croit vraiment dans sa jeunesse, au-delà des effets de tribune.

Derrière la façade d’austérité assumée, l’incohérence du discours du président sur les bourses d’études révèle un malaise politique plus profond : celui d’un pouvoir tiraillé entre posture souverainiste, calcul économique à courte vue et réelles attentes d’une jeunesse ouverte sur le monde. À force de naviguer à vue, Oligui Nguema risque de sacrifier sur l’autel de ses contradictions la patience – déjà bien entamée – de la génération montante du Gabon.

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