Gabon: le défi des régies financières dans la transparence budgétaire

Le Trésor public à Libreville © D.R

Libreville, le 25 Juillet 2025-(Dépêches 241). Les régies financières au Gabon jouent un rôle central dans la gestion et le contrôle des ressources publiques. Pourtant, malgré leur importance stratégique, elles souffrent d’un déficit criant de transparence et d’efficacité. Les rapports publics sur les flux financiers, les garanties accordées aux entreprises publiques ou encore les dettes garanties par l’État sont lacunaires, fragmentés, voire absents. Cette opacité contribue à masquer les risques budgétaires, affaiblissant la capacité des institutions à anticiper et gérer les pressions sur les finances publiques.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que plusieurs entreprises publiques gabonaises bénéficient de garanties d’État dont les conditions restent inconnues. Les régies financières, en charge du suivi de ces garanties, peinent à publier des états consolidés fiables, ce qui accroît le risque de passifs cachés. L’absence d’un cadre institutionnel unifié et performant pour coordonner les flux financiers publics fragilise l’ensemble de la chaîne budgétaire. En conséquence, le contrôle parlementaire et citoyen demeure très limité.

Face à ces défis, les initiatives de réforme se multiplient, mais restent largement insuffisantes. La création de la Direction Générale des Participations (DGPAR) et la numérisation partielle des données ne suffisent pas à combler les lacunes institutionnelles. Il est nécessaire de repenser en profondeur les mécanismes de collecte, de contrôle et de transparence des données financières, en renforçant les capacités des régies, en clarifiant leurs rôles, et en mettant en place des procédures de reporting standardisées, régulières et publiques.

Par ailleurs, un véritable renforcement de la gouvernance budgétaire nécessite aussi une indépendance accrue des organes de contrôle, comme la Cour des Comptes et la Direction Générale du Trésor, vis-à-vis des ministères et des entreprises publiques. Ces organes doivent pouvoir exercer leurs missions sans entraves politiques, avec des moyens humains et techniques adaptés. La mise en place d’un cadre légal robuste, qui impose la publication des rapports d’audit et des états financiers consolidés, est une condition sine qua non pour restaurer la confiance.

La modernisation des régies financières gabonaises ne relève pas uniquement d’un enjeu technique, mais d’une question politique majeure. C’est un levier indispensable pour garantir une gestion responsable des fonds publics, prévenir les risques budgétaires liés aux garanties d’État, et offrir aux citoyens un accès clair et direct à l’information sur l’utilisation des ressources nationales. Sans ces réformes, les efforts de développement économique et social du Gabon resteront fragilisés par un manque de transparence chronique et un contrôle institutionnel défaillant.

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