
Libreville, le 29 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Au départ, tout devait être une démonstration de force. L’introduction en bourse de BGFI Holding Corporation, annoncée en grande pompe pour juillet 2025, symbolisait le point culminant de la stratégie Dynamique 2025 portée par Henri-Claude Oyima. L’opération devait ouvrir une nouvelle ère pour le groupe. Une ère de transparence, d’ancrage régional, et de capital élargi. Mais derrière la communication huilée, un affrontement silencieux se préparait. Un duel entre deux visions de la gouvernance, deux figures clés de l’histoire du groupe, et deux camps désormais irréconciliables ou presque : Oyima, le bâtisseur en quête d’héritage institutionnel, et Christian Kerangall, l’actionnaire historique, écarté du centre du pouvoir mais jamais totalement silencieux.
L’opposition de Kerangall ne date pas d’hier. Cofondateur de la holding et longtemps figure tutélaire de la Banque gabonaise, il observe depuis des années le recentrage autoritaire du pouvoir autour d’Oyima. L’introduction en bourse a agi comme catalyseur d’un ressentiment latent. Pour Kerangall, ce n’est pas l’idée de l’IPO qui pose problème, mais la manière dont elle a été conçue : dilution accélérée des actionnaires minoritaires, absence de concertation réelle, et surtout, opacité dans l’évaluation des actifs de la holding. Selon des sources proches du dossier, plusieurs demandes d’accès à des documents internes sont restées sans réponse, forçant Kerangall à activer le levier judiciaire.
C’est au Tribunal de Commerce de Libreville que l’affaire a basculé. Fin juin, un groupe d’actionnaires, dont Kerangall serait le pivot, a saisi la justice pour contester la régularité des procédures préalables à l’introduction en bourse. En réponse, la COSUMAF a prôné la prudence : pas d’IPO tant que le contentieux n’est pas purgé. Une décision qui, en surface, semble apaisante. En réalité, elle constitue un désaveu discret pour Oyima, qui misait sur un coup de maître boursier pour renforcer son image et verrouiller la succession stratégique du groupe. Ce coup d’arrêt a pris de court les partenaires techniques de l’opération et refroidi certains investisseurs institutionnels qui s’étaient déjà positionnés.
Mais derrière les manœuvres visibles, c’est un combat d’influence qui se joue. Oyima, figure centrale du capitalisme gabonais, entend inscrire BGFI dans l’histoire financière du continent. Il a su tisser un réseau puissant autour de lui, mêlant élites économiques, acteurs publics et conseillers stratégiques. Kerangall, quant à lui, joue la carte du droit, de l’éthique et du rappel des principes fondateurs du groupe. Dans les coulisses, certains parlent d’un bras de fer où l’avenir même de la holding est en jeu. L’ouverture du capital peut-elle se faire sans recomposition des équilibres internes? Et surtout, peut-on séparer performance économique et légitimité morale dans une entreprise aussi politisée?
Le report de l’introduction en bourse n’est pas qu’un simple contretemps. Ce report semble être la manifestation d’une fracture ancienne, désormais exposée au grand jour. Il est probable que l’opération reprenne une fois les arbitrages juridiques tranchés. Mais à quel prix ? La crédibilité du groupe pourrait sortir écornée, et la gouvernance remodelée, sous pression des régulateurs et des marchés. D’autres actionnaires, jusqu’ici silencieux, pourraient emboîter le pas de Kerangall, estimant que le moment est venu de rééquilibrer les forces internes.
Derrière cette bataille de titans, une certitude s’impose de plus en plus : l’introduction en bourse de BGFI, si elle a lieu, ne sera plus jamais perçue comme un simple acte technique. Elle incarne désormais un choix stratégique, presque idéologique. L’histoire retiendra peut-être que ce duel Oyima-Kerangall aura été le moment fondateur d’un nouveau chapitre du capitalisme gabonais : plus disputé, plus exposé, mais aussi plus transparent.







