Gabon: les actifs de l’Etat se raréfient pendant que les dépenses explosent, alerte la Banque Mondiale 

Alexandre Barro Chambrier, Vice-President en charge du gouvernement © DR

Libreville, le 31 Juillet 2025 – (Dépêches 241). La Banque mondiale l’affirme sans détour dans son dernier rapport : entre 1995 et 2020, la richesse par habitant du Gabon a chuté de 34,7%, malgré une augmentation globale de la richesse nationale. Ce paradoxe met en lumière un déséquilibre structurel : de plus en plus de richesses concentrées entre moins de mains productives, dans un pays où le capital naturel s’épuise, mais où le capital humain reste peu valorisé. Pire encore, la majorité des actifs occupés se retrouvent dans des emplois publics ou informels, tandis que les moteurs privés de création d’emploi sont grippés.

Le document de cadrage budgétaire 2026-2028 reconnaît l’explosion de la masse salariale publique, sans remettre en cause ce déséquilibre. Les dépenses de personnel devraient représenter plus de 35% des dépenses de fonctionnement de l’État. Une situation insoutenable, d’autant plus que les effectifs publics ne produisent pas les services attendus. La Banque mondiale insiste : « des infrastructures inadéquates, une forte présence de l’État dans l’économie, et une faiblesse de la productivité freinent la croissance ». En clair, l’administration coûte cher, mais ne porte plus l’économie.

Ce déséquilibre est d’autant plus préoccupant que le secteur privé gabonais reste embryonnaire. L’Étude Gabon 2050 note que « la part de la population active employée dans des secteurs productifs formels reste faible », et que le pays souffre d’un tissu entrepreneurial sous-développé, d’une informalité massive, et d’un système éducatif inadapté aux besoins réels du marché. Dans ce contexte, le chômage structurel n’est plus une exception, mais un horizon permanent, en particulier pour les jeunes diplômés.

La croissance démographique aggrave la situation. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail sans perspectives, tandis que les opportunités réelles de création d’emplois restent faibles. Le gouvernement promet une croissance à deux chiffres, mais sans industries massives, sans filières agricoles compétitives, et avec un secteur tertiaire dominé par des services non marchands, l’économie nationale repose sur du sable. L’appareil productif stagne, alors que les besoins explosent.

Aujourd’hui, le véritable défi du Gabon n’est plus seulement de relancer la croissance, mais de remettre son économie au travail, de redonner un sens à la productivité, et de sortir de la logique rentière et bureaucratique. Sinon, les dépenses publiques continueront d’augmenter, portées par une administration en surpoids, pendant que la création de valeur, elle, restera à l’arrêt. Le pays court ainsi vers un piège social autant qu’économique, celui de milliers de diplômés inemployables dans un État déjà saturé.

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